homme montagne

Été 1979, Californie du Nord. Rachel, treize ans, et sa soeur Patty, onze ans, se préparent à passer leurs vacances à vagabonder dans la montagne comme d’habitude. Échappant à la surveillance d’une mère aimante mais neurasthénique depuis son divorce, et d’un père amoureux de toutes les femmes, le flamboyant inspecteur de police Torricelli, elles se cachent dans les arrière-cours pour regarder la télé par la fenêtre des voisins, inventent blagues et jeux à n’en plus finir, rêvant de l’inattendu qui pimenterait leur existence.
Et l’inattendu arrive. Cauchemardesque, une succession de meurtres de jeunes femmes, tuées dans la montagne selon un même mode opératoire : la chasse à l’Étrangleur du crépuscule commence, menée par l’inspecteur Torricelli.

Trente ans plus tard, Rachel, devenue une célèbre romancière, raconte cette quête épuisante.

Inspirée de faits réels (21 meurtres commis à la fin des années 1970 dans la banlieue de San Francisco, et l'histoire familiale d'une femme (fille de l'inspecteur en charge de l'enquête) venue participer à un cours d'écriture chez Joyce Maynard), l'Homme de la montagne est surtout un roman d'apprentissage, gorgé d'émotions et de sentiments.

Les liens entre deux soeurs aventurières livrées à elle-mêmes (une mère dépressive un peu négligeante mais douce, un père charismatique mais absent qu'elles adorent) qui arpentent, comme le serial killer, le Mont Tamalpais 
("personnage" central du roman, selon moi) et sa nature hostile mais familière.
Deux soeurs qui cherchent à aider leur père en charge de cette enquête qui le vampirisera, le rongera de frustration, et finira par le hanter toute sa vie... 

30 ans après, Rachel, l'aînée, devenue écrivain, n'a rien oublié.
Elle revient sur les faits mais surtout sur ses souvenirs d'enfance.
Si l'on s'attend à un polar "haletant" on peut éventuellement rester sur sa faim, d'autant que la conclusion peut paraître un peu "rocambolesque" mais l'on ne peut qu'être touché par la complicité entre Rachel et Patty, par la sensibilité avec laquelle Joyce Maynard décrit un couple séparé qui reste lié, et nous (re)plonge dans les tourments de l'adolescence, cette période de mutation intense, les premiers émois, l'envie d'exister/de briller qui dévoile
 souvent l'éphémère et l'ironie des choses.

Et l'admiration/l'amour qu'elles portent toutes à ce père/ex mari/amant, qui les aime en retour malgré ses manquements, la compassion qu'elles ressentent pour cet homme pétri de culpabilité, perçu un temps comme un héro par toute une population, qui ne se remettra jamais de sa chute, ni de ses erreurs... 

Malgré quelques longueurs, ou disons plutôt quelques scènes un peu répétitives, L'homme de la montagne est un roman/drame familial touchant, qui traite avec délicatesse des liens filiaux, fraternels, amoureux... du poids des échecs, du deuil, et des secrets.

Un roman à la mémoire d'une soeur et d'un père, une boucle enfin bouclée, sous la plume profonde d'une Joyce Maynard qui n'a plus rien à prouver (même si Long week end reste le roman que je préfère d'elle).

"À notre intention, il avait inventé un truc, un tour, qu'aucun être humain que j'ai connu depuis n'a jamais pu réinventer. Un truc si bizarre et stupéfiant qu'il m'est difficile de le décrire.
Vous étiez assise sur le canapé à côté de lui. Ce pouvait être ma soeur ou moi. Il l'avait peut-être fait une fois pour notre mère, mais alors, des lustres auparavant.
Ensuite, il vous arrachait un cheveu, si rapidement que vous ne sentiez rien. Ma soeur et moi en avions une masse, donc il ne manquait pas d'ouvrage. Des cheveux noirs comme les siens.
Vous ne saviez jamais quand ça allait se passer. Vous étiez assise, tranquillement, à regarder la télé ou à lire, et, crac, vous sentiez un petit coup sec sur le crâne, guère plus qu'une piqûre d'épingle. Alors vous le regardiez, à côté de vous, et il tortillait le cheveu entre ses doigts. À une telle vitesse que cela paraissait impossible. Mais, au bout de quelques minutes, il vous faisait tendre le bras et sur votre peau - olivâtre comme la sienne - était posée la chose qu'il avait créée et qui ressemblait à une araignée.
Fabriquée avec votre cheveux (...)
Des araignées si minuscules et délicates qu'il était impossible de les saisir. Expirer ou exhaler la fumée de cigarette suffisait à les disperser (...) ... seul mon père faisait cela. Peut-etre bien l'unique personne dans toute l'histoire du monde."


L'auteur(e) >> Collaboratrice de multiples journaux, magazines et radios, Joyce Maynard est aussi l’auteure de plusieurs romans, Long week-end, Les Filles de l’ouragan, Baby Love et d’une remarquable auto­biographie, Et devant moi, le monde (tous publiés chez Philippe Rey).
Mère de trois enfants, elle partage son temps entre la Californie et le Guatemala.
Son site: http://www.joycemaynard.com/Joyce_Maynard/WELCOME.html

Les éditions Philippe Rey : http://www.philippe-rey.fr/f/index.php

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