DSB SD

Dans un petit studio mal chauffé de Lyon, Sophie, une jeune chômeuse, est empêtrée dans l’écriture de son roman. Elle survit entre petites combines et grosses faims. Certaines personnes vont avec bonté l’aider, tandis que son ami Hector, obsédé sexuel, et Lorchus, son démon personnel, vont lui rendre la vie plus compliquée encore. Difficile de ne pas céder à la folie quand s’enchaînent les péripéties les plus folles.

Sophie Divry est une auteur(e) que je suis depuis quelques temps, j'avais beaucoup aimé la Cote 400, beaucoup moins la Condition pavillonnaire... C'est donc avec curiosité et portée par l'enthousiasme de quelques ami(e)s, que je me suis plongée dans son tout dernier roman.
Autant La condition pavillonnaire m'avait oppressée, qu'ici, malgré les thèmes sérieux (voire graves) abordés, c'est l'humour, le cynisme, le bouillonnement, la fantaisie qui l'emportent dans ce roman survolté.

Attention tout de même, lecteurs/lectrices allergiques au décalé, aux énumérations et aux digressions, vous risquez d'être un peu pris à rebrousse-poil. Mais derrière le style échevelé, et la mise en page originale, se dessine un portrait sans fard de notre société. Des thèmes qui vont de la xénophobie aux "petits boulots", en passant par pôle emploi, les liens familiaux/amicaux/sentimentaux, ou même l'art de la contemplation de plafond... Puis, surtout, cette douloureuse précarité, faite d'attente, d'envies, de faim permanent, d'espoirs déçus, et la solitude qu'elle créé, la difficulté de se trouver une légitimité, de préserver l'estime de soi. 

dédicace SDivryAlors même si je n'ai pas tout apprécié dans ce roman qui a parfois failli me perdre en chemin, je n'ai pas boudé mon plaisir à la lecture de ce livre ô combien inventif, lucide et délirant à la fois, parfois parodique, qui dénote dans cette rentrée aux textes un peu sombres.
Je me suis régalée de nombreuses scènes hyper théâtrales, de certains passages dignes de paroles de chansons enlevées, et en découvrant les multiples néologismes inventés par Sophie Divry (qui d'ailleurs nous propose de lui suggérer des mots qui manquent dans notre langue (je prépare ma liste...)).

Quand le Diable sortit de la salle de bain sort (...) des sentiers battus, et c'est drôle, espiègle, pertinent, surprenant, libre.

"J’aurais tant aimé être un personnage de film. J’aurais donné cette tranche de ma vie à un réalisateur. Avec ses ciseaux magiques, il aurait élaboré une séquence en plusieurs plans où les spectateurs auraient vu, mises bout à bout, toutes les facettes de mon quotidien. Moi mangeant des pâtes. Moi lisant dans mon lit. Moi traînant dans les jardins publics. Extérieur jour : je colle des affichettes. Intérieur nuit : je consulte mon compte en banque. Par-dessus ce montage, le cinéaste aurait mis de la musique, et, en une trentaine de secondes, les spectateurs auraient vu, senti, compris, toute la difficulté de mon existence. Nous aurions retrouvé le rythme normal du film, le véritable fil de la narration, à l’occasion d’un événement précis venant changer le cours des choses, un événement qui précipite le personnage dans une aventure particulière, qui retient l’attention et sur lequel l’accent est mis. Tout serait passé si vite, j’aurais bien moins souffert. Mais aucun de nous n’est un personnage de fiction. Moi, dans ce snack, je ne sais pas si un jour cet événement surviendra ; en attendant, réellement pauvre, je suis obligée de vivre dans ces journées de dèche qui s’écoulent platement, matinalement, vespéralement, nuitamment et diurnement, impitoyablement et logiquement, petitement et inexorablement. Dans la vraie vie, celle des digicodes et des insomnies, il n’y a jamais de séquences en accéléré."

L'auteur(e) >> Sophie Divry est née en 1979 à Montpellier. Elle vit actuellement à Lyon. Après La Cote 400, traduit en cinq langues, et le succès de La condition pavillonnaireQuand le Diable sortit de la salle de bain est son quatrième roman.

Les éditions Noir sur Blanc (dont je salue encore une fois le travail de qualité): http://www.leseditionsnoirsurblanc.fr/