3 gouttes

Watertown. Banlieue de Boston, novembre 2013. Un retraité sans histoire est retrouvé dans son pick-up sauvagement assassiné. L’enquête est confiée au shérif McCarthy, pugnace, humaniste, déterminé. Au même moment, Franck, jeune détective dandy, décadent et cocaïnomane, double sombre du shérif, mène l’enquête en parallèle, parcourant la ville en quête de sensations nouvelles.

Il y a de cela 1 an, je recevais le manuscrit de ce roman, envoyé par Olivier Morattel l'adorable éditeur Suisse (et ami fidèle) de Quentin Mouron, il portait alors un autre titre, moins "choc", mais il était déjà très bon. 
J'ai donc été ravie d'apprendre qu'il allait être édité en France, et chez La Grande Ourse de surcroît (qui lui a offert cette sublime couv, signée Julien Vergne).

Quentin Mouron a un style bien à lui, vif, sans gras, parfois provoquant, toujours pertinent pour nous parler des hommes, de la société qui décline, des apparences, des désillusions et la violence qui en découle...

C'est ainsi qu'au-delà de l'enquête policière (somme toute classique) Trois gouttes de sang et un nuage de coke fait le portrait social sans concession d'un monde à la dérive, avec ses déceptions, ses tentations de transgression pour survivre, sa violence, et la fascination parfois malsaine qui en découle (proche du fantasme) pour les faits divers...
Dans ce décors bien planté, un flic/mari/père 
qui tente de garder son humanité malgré les horreurs, un détective privé sorte de double maléfique misanthrope dandy rebelle décadent (et que j'aimerais personnage récurrent...), un meurtre, un coupable idéal, la mafia, et des paumés autour.
Et, au coeur de tout cela, distillées de ci de là, de belles saillies/moqueries sous jacentes, sur la condition d'auteur, les rapports que celui-ci entretient avec son personnage, les critiques, l'art, les bals de vanités... 

Quentin Mouron n'a pas sa plume dans sa poche, il va droit au mot, n'enjolive pas, fait parfois court, ou s'emballe quand ça lui tient à coeur. Il connaît les USA, et cela se voit qu'en observateur sensible, il en a traversé tous les états (d'âme).
Cela donne ce roman (à l'agréable bande originale), cynique, malin, âpre, réaliste/anti-manichéen (et non conventionnel), qui me confirme que son auteur doit définitivement rester dans mon viseur.

"McCarthy ne donne guère de crédit aux grandes oppositions - "fantasques, hollywoodiennes" - entre le Bien et le Mal. "Abstraitement, cela se tient. Mais sur le terrain de l'homme, on les retrouve pêle-mêle, imbriqués, lovés l'un dans l'autre. Et alors qui est bon? Qui est mauvais? La plupart des hommes ne sont ni l'un ni l'autre; ils vivent à la faveur des circonstances qui les dépassent, les ploient.
Alors ils agissent, et les politiciens, les prêtres, les flics viennent ensuite découper dans leurs actions des tranches, qu'ils classent bonnes ou mauvaises."

L'auteur >> Quentin Mouron, 25 ans, poète, novéliste et romancier suisse et canadien, naît en 1989 à Lausanne. Très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2014).
Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son premier roman publié en France, aux éditions de La Grande Ourse. Il est est aussi chroniqueur pour plusieurs journaux suisses et à TV BeCurious. Il 
est déjà largement reconnu en Suisse où ses trois précédents romans ont obtenu une presse importante et élogieuse. 
Son site: http://www.quentinmouron.com/index.htm

Mon billet sur ses 3 précédents titres: 
http://blablablamia.canalblog.com/archives/2014/07/05/29548468.html