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Audacieux! Voilà le mot qui m'est venu lorsque j'ai lu la 4ème de couv.
Et j'ai immédiatement eu envie de le lire.

Thomas Clerc a décidé, dans ces 386 pages, de nous décrire les 50 mètres carrés qui constituent son appartement.

Mais il le fait avec fantaisie, précision, et style. Et, évidemment, par ce biais, c'est une sorte d'auto portrait que l'on découvre en filigrane.
Ses conditions de vie, ses petites manies, ses goûts ses couleurs, ses envies ses frustrations, l'accumulation, la consommation, la trivialité, l'accession à la propriété, les difficultés de son métier d'écrivain...

En début de chapitres, un plan, clair, métré, précis, contenant pourtant une vie, sa vie, ses souvenirs.
C'est amusant, intelligent, on ne peut que saluer l'inventivité du fond, et de la forme.
Certains passages sont très drôles (le passage sur l'interphone, l'aspirateur... les fils trop courts, ou comment marcher sur un tapis...), d'autres un peu plus arides et longs, mais au final tout s'équilibre.

C'est un roman/Ovni (qui a des précédents savoureux comme Edgar Poe et sa philosophie de l'ameublement, qui a inspiré l'auteur, et que vous pouvez découvrir ici: http://agora.qc.ca/documents/edgar_allan_poe--philosophie_de_lameublement_par_edgar_allan_poe) et je l'ai picoré, lentement.
Je suis entrée, j'ai traversé une pièce, suis revenue dans une autre, j'ai dégusté ses descriptions, ses coups de gueule, ses jeux de mots et digression à la Devos, ou même comme Edgar Poe dans la philosophie sus citée (...)... 

Un peu comme si, après avoir été cambriolé, l'auteur avait eu besoin de se réapproprier ces lieux, même s'ils se délitent un peu, d'affirmer sa propriété, en les ancrant dans le papier.
Ces lieux ce sont 7 pièces en 7 chapitres, 50 mètres carrés, décrits en détails, jusqu'au moinde meuble, ou objet du quotidien qui tient compagnie à sa solitude, chaque objet connaît alors son petit quart d'heure de gloire...
Et bien, autant dire l'exact opposé d'une annonce immobilière faites courte et abrégée (qui parlerait d'ailleurs d'un 3 pièces)...

Intérieur, ou l'art de la description, ou comment prendre le temps d'explorer son chez-soi/l'extension de soi, ses coins-recoins-et occupants, et de partager l'intimité d'un écrivain qui y passe une partie de ses journées, retranché, mais pas hermétique au monde qui s'imisce régulièrement...

Une expérience à lire, à vivre...!

Ce roman figure sur les premières listes des Prix Renaudot et Médicis, il fait aussi partie la sélection France Culture/Nouvel Obs 2013.

"Poubelle totale
Obéissant au pied, provenance Mister Bricolage, ma petite poubelle à bascule 20 litres est trop juste; j'aurais dû prendre 1 30 litres - j'ai voulu minorer son importance, comme on fait pour les basses oeuvres. Le fond de cette poubelle, mince pellicule de plastique, s'est cassé au bout de quelques jours, cédant sous le poids d'une bouteille de bordeaux. Je me suis fait avoir par l'objet de mauvaise qualité, dont la trivialité n'incite pas à la dépense. J'ai du mal à admettre l'idée d'1 poubelle de luxe. Mais voyez comme je raisonne mal: entre la poubelle 4 étoiles et la poubelle camelote, il doit bien y avoir 1 milieu.
C'est en se brisant que j'ai pris conscience de la fragilité intrinsèque de tout objet, que je n'avais pas décelée à l'achat: je ne suis pas un homme à inspecter toutes les faces d'une poubelle."

Et ici le lien de Tilly, qui a aussi aimé cette lecture hors des sentiers battus >> http://tillybayardrichard.typepad.com/le_blogue_de_tilly/2013/10/à-propos-intérieur-topographie-dun-appartement-de-thomas-clerc.html