Les mots

" “ Salut, bande d’enculés ! ”
C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison.Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds.
Je vais leur prouver que je dis vrai.
“ Salut, bande d’enculés ! ” Et ma mère vient m’embrasser tendrement."
Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte.
Son père, sourd-muet. Sa mère, sourde-muette. L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot. Le quotidien. Les sorties. Les vacances. Le sexe.
D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie.

A la conférence de rentrée Stock à laquelle j'ai assisté en juin, Véronique Poulain m'avait séduite, par son humour, sa sensibilité, son franc parler, et je crois savoir que je n'ai pas été la seule.
A vrai dire, sans cette conférence de rentrée, je ne sais pas si (le début de) la 4ème de couv m'aurait donné très envie de lire ce livre, et ç'aurait été bien dommage, parce qu'il y a bien plus d'amour que de provocation dans ce court témoignage.

Même si, bien sûr, Véronique Poulain est animée de sentiments parfois contradictoires, oscillants entre colère et bienveillance, c'est avec beaucoup de douceur qu'elle nous parle sincèrement de ces deux mondes dans lesquels elle a grandi.
Avec douceur et humour, elle partage des souvenirs touchants, des anecdotes 
(sans méchanceté), des moments pleins de spontanéïté/sans tabou. 
Elle nous raconte comment elle a grandi différemment dans ce monde du silence finalement bien plus bruyant que l'on pense (portes/tiroirs claqués, etc) petite fille précoce hyper attachante, ado parfois dure et injuste quand le regard (et les questions) des autres pèse un peu plus, puis adulte parfois effrayée devant les incertitudes...

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Le regard/jugement que posaient (oui je me plais à parler au passé) certains esprits étriqués sur ce handicap physique, et qui pensaient qu'ils n'avaient pas, ou peu, d'intellect... Véronique Poulain partage avec nous sa fierté face à la force dont ont fait preuve ses parents, leur évolution, leur combat pour la promotion de l'apprentissage de la langue des signes, la création d'une association...

Voilà, en 141 pages, elle m'a ouvert les portes d'un monde (qui m'était peu connu) et elle m'a conquise, dans un style direct, rapide, vif, concis (style dans lequel j'ai cru voir des traces de son enfance, me disant qu'elle avait appris à faire "bref" et "efficace" (disons que les circonvolutions n'existent pas dans le language des sourds)).

Un récit émouvant mais jamais larmoyant, juste vivant, écrit avec simplicité et toute la tendresse et l'admiration qu'elle a pour ses parents, leur joie de vivre et leur volonté.
Une très jolie déclaration d'amour filial!

"Je me souviens de mon chagrin.
Je me souviens de ma colère.
Je me souviens de ma violence.
J'ai envie de tuer.
Je veux tellement les protéger."


L'auteur(e): Véronique Poulain travaille dans le spectacle vivant. Elle fut pendant quinze ans l’assistante personnelle de Guy Bedos. Les mots qu’on ne me dit pas est son premier livre.
Son intervention à la présentation de rentrée Stock à l'Institut du Monde Arabe où elle a conquis le public (y compris moi!): https://www.youtube.com/watch?v=Hb0IxOHaXbo

L'académie de la Langue des Signes Française : http://www.languedessignes.fr

L'international Visual Theatre de Paris, dirigé par Emmanuelle Laborit : http://www.ivt.fr

Les éditions Stock: http://www.editions-stock.fr