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En préface du recueil de nouvelles de Maryline Martin, Jean Pierre Verney (conseiller du Misée de la Grande Guerre du Pays de Meaux) écrit: "Dès les premières pages, j'ai senti que ce que je découvrais n'était ni banal ni rebattu, et qu'au-delà des personnages embarqués dans le tumulte de les violences de cette Grande, mais épouvantable Guerre, il y avait autre chose."

Et oui, c'est vrai, il y a autre chose.
Il y a ce quelque chose qui fait que même si je ne suis d'ordinaire pas "public" pour ce genre de récits (étant un peu trop hyper sensible parfois :-)), en quelques mots, quelques phrases j'ai été plongée dans cette tempête qu'a été la guerre de 14-18, qui a happé des hommes, décharné des corps, fait couler sang, larmes et injustices.
Et alors, j'ai pensé à mes grands parents autrement qu'au moment où je les ai connus, autrement qu'au cours de ces années où ils n'en parlaient pas, préféraient ne pas s'en souvenir, mais où la guerre était dans le fond de leurs yeux.
A leur jeunesse vécue dans ce fracas. A ces angoisses. A ces fois où ils ont du se taire pour mieux entrer en résistance. Au bruit des balles, des bombes, à la vie avec l'ennemi. 

Maryline Martin 
raconte la vie pendant la guerre, les femmes qui travaillent, les retours en permission, les lettres échangées, les grossesses non désirées, les "enfants de personne"... toute cette vie qui pulsait, cette survie qui s'organisait, malgré tout.
Elle décrit parfaitement l'horreur des champs de bataille, le sale des tranchées, la solitude face à la peur, à la blessure fatale, le courage qui manque mais qu'il faut trouver, les traumatismes... et la Libération.

Elle offre à ces soldats l'humanité dont ils ont été dépossédés, leur redonne vie le temps de venir témoigner de leur sacrifice ou de leur révolte, transmettre cet urgent message de devoir de mémoire.

"Même en culottes courtes, je n'aimais pas guerroyer; partir à la chasse pour traquer le gibier n'avait jamais été pour moi une aventure exaltante, tout juste un devoir, celui d'accompagner mon père et de faire le rabatteur. J'étais plutôt dans le genre à collectionner les plantes pour mon herbier. J'aimais flâner le nez au vent, à observer les libellules et les papillons. La guerre a eu raison de mes rêves d'adolescents. J'ai appris les rudiments du maniement des armes, tout en ravalant mes larmes, craché mes poumons sous les vapeurs jaunes du gaz moutarde. J'ai connu la fin et la soif, connu la promiscuité des feuillées. J'ai tutoyé la mort et l'ai même apprivoisée. Je suis devenu un bourreau, un nettoyeur de tranchées (...) Non je ne suis pas fou, seulement perdu dans les méandres de mes souvenirs. Ma vie est restée accrochée à des barbelés."

Aujourd'hui, 8 décembre, Maryline Martin est en dédicace au salon L'Eure du livre d'Evreux (hall du Conseil Général), passez la voir si vous êtes dans les parrages, vous ne regretterez pas cette belle rencontre.

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