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La biche ne se montre pas au chasseur, titre présenté dans mon billet précédent, faisait partie de la sélection du Prix Manuscrit Technikart 2009, remporté alors par Carole Fives avec un recueil de nouvelles (à l'époque intitulé Que nos vies aient l'air d'un film parfait) re-nommé Quand nous serons Heureux (> déjà réservé à ma médiathèque :-)).
J'ai donc enfin attrapé dans ma pile de livre, le roman Que nos vies aient l'air d'un film parfait, 
petit livre que j'avais depuis quelques temps mais le sujet faisait que je n'osais pas trop le prendre.
Et bien, mince alors, si je ne l'avais fait, je serais passée à côté d'un bien joli moment...


Pourtant, le divorce, ce n'est pas un sujet facile, nous sommes d'accord. 

Mais avec beaucoup beaucoup de douceur, Carole Fives nous raconte dans ce premier roman une/des séparation(s), une manipulation, une trahison gardée secrète, des traits d'union qui se perdent... 

C'est l'histoire d'un frère et d'une soeur qui souffrent en silence, confrontés à cette explosion que personne ne maîtrise, ni les adultes, et encore moins les enfants, victimes collatérales, qui n'ont rien demandé, ne demandent toujours rien, et restent le plus possible muets.
Ils réalisent qu'en une annonce de quelques mots, en quelques minutes, alors qu'ils cherchaient des oeufs de Pâques leur innoncence a été sacrifiée, et que tout est désormais différent, ébranlé, car même si cette famille ne tenait qu'en un équilibre précaire, elle offrait un quotidien "traditionnel" et rassurant, malgré tout.

Et les voici dans le grand bain froid des enfants de divorcés, à vivre les partages, les préférence que l'on ne devrait jamais avoir, les secrets que l'on ne devrait jamais veiller à ne pas révéler, ces parents entre lesquelles ils se retrouvent, contraints et forcés... les aller-retour chez l'un chez l'autre, les pertes de repères, les envies de pleurer étouffées, la complicité éclatée, les liens en pointillés, la distance qui s'installe entre tous...

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Les monologues s'alternent au fil des pages, pour nous faire partager le point de vue de la mère, dépressive, abandonnée, paumée, égoïste... du père fatigué, qui n'a que très peu de droits et revient régulièrement sur son passé, la soeur qui analyse, se sent rejetée et pétrie de culpabilité... puis le petit, Tom, qui, lui, ne sortira de son silence qu'à la fin... pour nous offrir un bien beau parcours de résilience...

Et ce désenchantement familial baigne dans le contexte des années 80.
Ça m'a fait sourire (et rendue nostalgique aussi, un peu) de voir Carole Fives faire référence à certains évènements, certaines émissions, chansons (je croyais être la seule à me souvenir de Jaïro! :-)) qui ont également bercé mon enfance. 

Le titre du livre est d'ailleurs lui même issu d'une chanson de l'époque, "Amoureux Solitaires" de Lio.
Et cette citation, "Que nos vies aient l'air d'un film parfait", reflète bien l'esprit qui plane au dessus de ce roman, cette différence, décrite dans une écriture juste et tendre, entre les apparences, et le vécu. 
Quant à "Amoureux solitaires"... quels mots pourraient mieux convenir à ce frère et cette soeur qui n'ont d'autre choix que de s'aimer en restant seuls, chacun de son côté parental, privés l'un de l'autre, se parlant sans s'entendre...?...

"Cette nouvelle, tu ne seras pas le premier enfant à l'entendre. Ni le premier, ni le dernier. Des milliers d'enfants, peut-être des millions, qui l'ont entendue et l'entendront encore. Des millions d'enfants du divorce. Car c'est sûr, c'est bien ça, le père répète "Nous allons divorcer" ou "Nous allons nous séparer". Tu ne sais plus exactement si c'est "divorcer" ou "séparer", tu retiens juste l'idée principale, qui est pour toi, le monde s'écroule." 

Que nos vies aient l'air d'un film parfait a remporté le prix L'Usage du Monde et tout dernièrement le prix premier roman francophone de Cuneo Festival Scrittorincitta en Italie.