BLABLABLAMIA

12 octobre 2018

ET J'ABATTRAI L'ARROGANCE DES TYRANS - Marie-Fleur ALBECKER

Et j'abattrai l'arrongance des tyrans

En 1381, la grande peste et la Guerre de Cent ans ont ruiné le royaume d'Angleterre. Quand le roi décide d'augmenter les impôts, les paysans se rebellent. Parmi les héros de cette première révolte occidentale : John Wyclif, précurseur du protestantisme, Wat Tyler, grand chef de guerre, John Ball, prêtre vagabond qui prône l'égalité des hommes en s'inspirant de la Bible. Mais on trouve aussi des femmes, dont Joanna, une Jeanne d'Arc athée, qui n'a pas sa langue dans la poche et rejoint cette aventure en se disant que, puisque l'on parle d'égalité, il serait bon de parler d'égalité homme-femme...

Ah en voilà un premier roman original qui sort des sentiers battus de cette rentrée littéraire!

Ce voyage historique et féministe fait le récit d'une révolte sociale qui a vraiment eu lieu au moyen-âge en Angleterre, alors que des paysans furieux d'une énième et injuste augmentation de l'impôt, décident d'aller faire savoir leur mécontentement à leurs infatués dirigeants.
Un soulèvement qui offre à Johanna Ferrour, pétrie d'ennui et rongée par une brûlante envie d'évasion, l'occasion de fuir son quotidien (et son violeur de mari) assommant, pour enfin exister, défendre son statut de femme et revendiquer des droits.
Et à travers le parcours de Johanna, ce sont les rapports de domination, la relation au corps, la transparence d'une femme et l'évolution de la condition féminine que l'auteure expose et interroge.


Et j'abattrai l'arrogance des tyrans est un roman d'initiation enlevé et assez culotté (...) qui traîte intelligemment (et avec une bonne dose d'humour) d'engagement, de violence, d'exaspération face à la servitude imposée, d'échec et d'individualité au coeur du collectif.
Marie-Fleur Albecker semble habitée par la colère et l'envie de justice qui anime ses personnages, et nous fait réaliser combien passé et présent se font toujours écho, les gouvernants ayant finalement peu changé de méthodes, le peuple étant considéré comme une source de revenus le ressentiment se montre intemporel... 

Documenté (l'auteur(e) est prof d'histoire) et truffé d'anachronismes/parallèles adroits et pertinents permettant une belle démonstration de la répétition de l'histoire, mêlant une langue classique à une plus contemporaine et parfois crue, ce livre est franchement réjouissant (malgré quelques digressions un peu longuettes parfois), et fait de Marie-Fleur Albecker une sorte d'alter-ego féminin de Jean Teulé. U
n vrai pari de la part de la maison d'édition, dont je salue l'audace.

"Alors voilà, Johanna a pris la hache. Elle va exercer elle-même, directement, la justice, mais aussi la violence.
Elle n'est plus elle-même, elle est un symbole. Est-ce que c'est si simple que cela? Est-ce que l'on déboulonne une société millénaire avec des marches pacifiques? Peut-être parfois, quand tous les éléments sont réunis, et puis après: on vote des lois, on signe des actes de papier qui disent que les pauvres, les serfs, les intouchables, les moches, les femmes, les vieux sont moins que rien; et puis ensuite fermez vos gueules, travaillez dur, vous réussirez peut-être mais en attendant nous tenons toujours le pouvoir. (...) 
Qu'est-ce que cela veut dire, au fond, la violence? Le Christ lui-même n'a-t-il pas perdu patience devant l'outrage des marchands du Temple? Est-ce violence ou justice que d'exécuter les plus puissants des puissants une fois pour toute? Est-ce justice ou ou violence que la mort de Charles devant les murailles de Poitiers parce qu'il était orphelin (...)
Est-ce justice que les gueux doivent mourir pour par milliers pour les intérêts des puissants? Est-ce justice d'avoir tenu dans ses mains le sang qui coulait entre ses jambes après une journée de travail pour le seigneur? Est-ce justice d'avoir dû épouser son violeur? Est-ce justice de devoir payer chaque année le peu d'argent gagné à la sueur de son front au seigneur? Est-ce justice que les paysans meurent dix, quinze, vingt ans plus tôt que leurs seigneurs? Est-ce justice ou est-ce violence? Combien de votre sang et de votre sueur versés avant que vous disiez non?
Retour à l'envoyeur."

L'auteure >> Marie-Fleur Albecker est née en 1981. Elle enseigne l’histoire et la géographie.


27 septembre 2018

LEURS ENFANTS APRÈS EUX - Nicolas MATHIEU

Leurs enfants après eux

Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.
Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans.
Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.

Bienvenue à Heillange, ville oubliée (et imaginaire) de Lorraine, autrefois prospère grâce aux hauts fourneaux désormais éteints.
Nous y 
traversons les étés 1992, 1994, 1996 et 1998, en compagnie d'Anthony, son cousin, Hacine, Stéphanie, ou encore Clem. Des ados qui cherchent leur place, découvrent leurs premiers émois, connaissent leurs premières fêtes, leurs premiers dérapages, traversent leurs premières épreuves.
Roman social et politique, Leurs enfants après eux (mazette, quel titre!) est le portrait d'une région et d'une génération traversant l'adolescence dans une petite ville de province désindustrialisée qui périclite et vivote entre ennui/frustration, alcool/drogue, chômage et débrouille. 
C'est le livre des illusions perdues et du désoeuvrement, d'une latence, d'une colère qui gronde et d'un espoir nourrit par ces jeunes désireux d'échapper au déterminisme social, de partir se réinventer ailleurs et échapper au destin de leurs parents résignés sur lesquels ils portent un regard parfois âpre et sans concession. 

Leurs enfants après eux est un roman humain à la grande force narrative mettant en avant des personnages on ne peut plus ordinaires, avec leurs qualités et défaillances, étouffés par le quotidien sous le ciel pesant et sans horizon d'une France reculée, déchue, victime d'un naufrage généralisé.
Ceci dans une époque parfaitement décrite à travers des évènements historiques et des repères musicaux qui nous ramènent à nos propres souvenirs, voire viennent réveiller en nous quelques regrets.

Dans une incroyable écriture, rythmée, fluide et dense, Nicolas Mathieu livre un roman fort, juste, ultra réaliste et hyper maîtrisé.
En un mot comme en cent: magistral.

Leurs enfants après eux a reçu le 
Prix Blù Jean-Marc Roberts 2018, la Feuille d'or de la ville de Nancy prix des Médias France Bleu-France 3-L'Est Républicain 2018 et figure sur la première liste du Prix Goncourt, du Prix de Flore et du Prix Médicis. 
Il fait aussi partie des cinq finalistes du Prix du roman des étudiants France Culture-Télérama 2018.


"On mourait maintenant à feu doux, d’humiliation, de servitudes minuscules, d’être mesquinement surveillé à chaque stade de sa journée; et de l’amiante aussi. Depuis que les usines avaient mis la clef sous la porte, les travailleurs n’étaient plus que du confetti. Foin des masses et des collectifs. L’heure, désormais, était à l’individu, à l’intérimaire, à l’isolat. Et toutes ces miettes d’emplois satellitaient sans fin dans le grand vide du travail où se multipliaient une ribambelle d’espaces divisés, plastiques et transparents : bulles, box, cloisons, vitrophanies."

L'auteur >> Nicolas Mathieu est né à Épinal en 1978. Après des études d'histoire et de cinéma, il s'installe à Paris où il exerce toutes sortes d'activités instructives et presque toujours mal payées. En 2014, il publie chez Actes Sud Aux animaux la guerre, adapté pour la télévision par Alain Tasma. Aujourd'hui, il vit à Nancy et partage son temps entre l'écriture et le salariat (il continue à exercer une activité professionnelle en parallèle et travaille à mi-temps chez ATMO Grand Est, l’agence de surveillance de la qualité de l’air, en tant que community manager). Son troisième roman est en projet.

14 septembre 2018

AVEC TOUTES MES SYMPATHIES - Olivia de LAMBERTERIE

Avec toutes mes sympathies

"Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux.
Moi, je ne voulais pas me taire.
Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation. Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste.
Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants."

J'aime beaucoup Olivia de Lambertie. Sa sensibilité me parle et fait que je fonce en souvent sur les titres dont elle parle avec enthousiasme (sur France 2, dans ELLE ou au Masque et la Plume).   
Quand j'ai appris qu'elle avait pris la plume, j'étais heureuse à l'idée de la lire et aussi parce que je me doutais du sujet. En effet, je me souviens d'une conversation que nous avions eue, elle et moi, durant une période délicate de ma vie, et dans cet échange il y avait Alex, et certains mots de ce récit.
Et ces mots, je les trouvais déjà bouleversants. Bouleversants de douceur, débordants d'un amour au-delà de tout, 
d'une tendresse infinie.

Dans Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lambertie évoque avec élégance son frère disparu mais toujours présent. Elle s'adresse à lui sans amertume aucune, en même temps qu'elle nous en parle, pour nous faire entendre ce qui peut paraître inexplicable à certains: oui, on peut avoir tout pour être heureux et décider de mourir. Car Alexandre souffrait d'une maladie, la dysthymie, qui semble flotter dans l'ADN familial, et le diagnostic a tardé à venir.
Avec tout cela, ce récit aurait pu être plombant. Et c'est là qu'Olivia de Lambertie fait fort, car malgré la sidération et la tristesse, l'immense vide, l'intolérable manque qui va jusqu'à faire physiquement mal, ce livre est un véritable élan de vie.
C'est le sourire aux lèvres que cette optimiste nostalgique nous raconte, dans un récit pudique, juste, tendre et poignant l'histoire de ce frère si attachant, de leur lien, de leur famille.
Elle aborde également sans détour son rôle de critique littéraire, et l'incapacité à faire entrer une seule phrase lue dans une tête assiégée par des souvenirs, des questions, des monologues, révoltée par ce deuil que l'on ne veut pas faire (je suis bien d'accord Olivia, quelle horrible expression), dans une période où de toute façon on n'arrive à rien. 
Ces moments où les repères sont sortis de leurs axes, où l'équilibre est précaire, où l'on tente de se raccrocher au moindre signe, de consulter toute personne susceptible de nous dire ce que l'on a envie d'entendre.
Et où, aussi et surtout, malgré la douleur et les fêlures, nous submerge 
l'envie de préserver et célébrer la joie coûte que coûte et vaille que vaille, pour ceux qui restent et font tenir.

Avec toutes mes sympathies est un livre dans lequel on sent à chaque page la nécessité viscérale d'écrire, pas seulement dans la volonté de tenir une promesse faite à ce frère famboyant disparu trop tôt, mais surtout celle de lui offrir une immuable existence de papier.


"Un rien m’entame, un rien m’enchante, ai-je coutume de dire. La bonne blague, tout m’entame. Ma tête est folle et pleine d’effroi. Dans une interview pour le New York Times, Emmanuel Carrère affirme qu’on ne doit écrire que les histoires que personne d’autre ne pourrait écrire. Ce legs immatériel que tu m’as laissé vaut de l’or. Ce truc si important pour moi, oser, moi douteuse de tout et d’abord de moi-même. Ce livre qui n’aurait jamais dû exister, puisque tu n’aurais jamais dû mourir."


L'auteure >> Olivia de Lamberterie est journaliste à Elle, chroniqueuse littéraire à « Télématin » sur France 2, au « Masque et la plume » sur France Inter et correspondante pour Radio Canada.
Les éditions Stock: http://www.editions-stock.fr/

03 septembre 2018

LA PAPETERIE TSUBAKI - OGAWA Ito

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Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l’art difficile d’écrire pour les autres.
Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l’encre, l’enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, rédige un mot de condoléances pour le décès d’un singe, des lettres d’adieu aussi bien que d’amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin.
Et c’est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre des réconciliations inattendues.

Et voici la douceur de cette rentrée littéraire signée Ogawa Ito, auteure, entre autres jolis titres, du Restaurant de l'Amour retrouvé (best seller adapté depuis au cinéma au Japon)!

Hatoko revient à Kamakura après des années d'absence (et de silence) pour reprendre la papeterie, 
et les activités d'écrivain public, de sa grand-mère décédée. Un rôle plus important qu'il n'y paraît, exigeant attention, respect et empathie, pour répondre au plus près aux attentes/émotions des clients venus se confier à elle. 
Hatoko croise des vies, écoute, s'imprègne, puis choisit avec soin le papier, la plume, l'encre idoines et se lance dans un rituel ancestral avec application et concentration. 
Elle prolonge ainsi la mémoire de cette grand-mère sévère mais aimante dont elle est restée éloignée par trop de non-dits, et retrouve petit à petit son chemin en marchant dans ses pas.

Ogawa Ito prouve ici encore son incroyable capacité à nous faire voyager (et nous mettre l'eau à la bouche) et à nous immerger dans l'univers de personnages communs, sincères et passionnés. 
Elle fait ici une retranscription poétique de la beauté de la calligraphie où chaque feuille est unique et la moindre erreur irrémédiable, à l'ère où nous n'écrivons plus beaucoup à la main mais en tapant sur des claviers, avec la possibilité d'effacer et recommencer ad libitum.
Et nous fait un tableau de plusieurs solitudes qui se côtoient, se découvrent et se soutiennent. 

Apaisant, plein de délicatesse et de senteurs, La Papeterie Tsubaki est un roman frais et poétique qui vous fera oublier la grisaille de cette rentrée.

"J'ai ouvert la bouteille d'encre sépia; quand j'y ai plongé la plume en verre, les fines rainures se sont aussitôt emplies d'encre. La plume aussi transparente qu'une stalactite il y a un instant encore prenait à vue d’œil des nuances de feuilles mortes."

L'auteure >> Ogawa Ito est née en 1973. Elle chante (et écrit des chansons pour le groupe de musique Fairlife), écrit des livres pour enfants, des articles pour des magazines de cuisine et de voyage.
A découvrir aux Editions Philippe Picquier ses trois précédents titres: Le Restaurant de l'amour retrouvé, Le Ruban et Le Jardin arc-en-ciel.

28 août 2018

BIENVENUE A VEGANLAND - Olivier DARRIOUMERLE

9782490494019

Une cité idéale où les valeurs végans apportent équilibre, mieux-être et harmonie.
Green est végan depuis sa petite enfance, mais ses parents ne l'étaient pas. Rongé par cette faute originelle, il se comporte en éco-citoyen modèle.
Bazarov, quant à lui, est un ex-carnivore qui a gagné sa place grâce à ses performances en course à pied. Il paie sa dette écologique en travaillant dans un jardin collectif.
Leur conviction est perturbée par le nouveau référendum lancé sur les réseaux sociaux: "Pour ou contre l'éco-citoyenneté accordée aux ex-carnivores ?"
Un "sang rouge" vaut-il un "sang vert" ?

"L'objectif est toujours le même: atteindre l'état suprême du bonheur, le modèle du dernier homme épanoui et libéré de toutes souffrances.

La Grande famille veille sur vous.

Coup d'envoi pour les éditions Sable Polaire, menées tambour battant par le talentueux Stéphane Million!
Et c'est avec une dystopie signée par l'un de ses fidèles auteurs que je me lance avec plaisir dans cette rentrée littéraire.

Nous sommes à Océania alias Véganland, où les sangs verts/végans ont pris le pouvoir, les sangs rouges/ex carnivores, eux, vivent dans un quartier éloigné, animés par l'envie de s'intégrer à cette société idéale, notamment en remportant une compétition (version télé réalité) appelée le BIGTOP.

Tout est contôlé, formaté et encadré dans une belle (et apparente) harmonie par l'homéostasi (notez l'association de mots :-)) détenant le pouvoir d'exclure toute personne faisant preuve de mauvaise volonté/mauvais esprit/violence ou désir dans un territoire perdu et pour le moins inhospitalier. 

L'hyperconnectivité fait rage, les écrans sont omniprésents, le lavage de cerveau continuel, et la menace plane... Les émotions/sentiments sont canalisés, tout a été aseptisé, les gens robotisés, maîtrisés avec l'aide de nouvelles drogues soi-disant sans danger et administrées pour le prétendu bien de tous... 
Les sangs verts, masse assommée (mais heureuse...), vivent donc à l'unisson une vie simple/simplifiée, ne travaillent plus, font du jardinage, et se consacrent à leur épanouissement, tout en se demandant si les sangs rouges méritent que l'éco-citoyenneté leur soit accordée. 
Et le lecteur de se demander jusqu'où un tel ordre imposé/contrôlé/l'absence de libre arbitre peuvent se maintenir sans entraîner colère, animalité et rébellion.

Entre fiction et satire sociale futuriste, Bienvenue à Véganland est un roman très cinématographique rappelant, entre autres, des films tels que L'Age de Cristal, The Island, ou même Equilibrium...
Il interroge sur l'évolution de notre société, pointant du doigt les dangers de l'extrémisme entraînant discrimination, ingérence et dérives totalitaristes, démocratisant l'intolérance et l'élitisme.

Armé d'un style singulier vif et grinçant, Olivier Darrioumerle démontre ici que le monde idéal des uns n'est pas forcément celui des autres, et que l'individualité et la liberté de choix ne sont pas choses négociables.
 

"Avec le dispositif technologique dont chacun dispose, il devient extrêmement rare de se retrouver face à une situation compliquée. Tout ce qui implique un jugement et une prise de décision n'existe pratiquement plus. L'environnement est parfaitement réglé. On est à peu près sûr de ne jamais être exposé au moindre conflit. Alors on se relâche. La vie est d'un simplicité totale tant qu'on se laisse guider par le programme préenregistré. Les algorithmes récupèrent les facultés mentales abandonnées. Ils calculent l'adéquation entre ses choix et la personnalité intégrale sélectionnée. Chaque identité se perfectionne avec la garantie de ne jamais se retrouver face au précipice de sa médiocrité".

L'auteur >> né à Bayonne, gascon, baroudeur, écrivain à plein temps, Olivier Darrioumerle est journaliste à Sud Ouest.
Pour en savoir plus sur son titre précédent: http://blablablamia.canalblog.com/archives/2013/10/02/28124526.html

15 juillet 2018

POPPY ET LES METAMORPHOSES - Laurie FRANKEL

POPPY

Rosie et Penn ont toujours rêvé d’avoir une fille. Quatre fils plus tard, ils décident de tenter leur chance une dernière fois… et donnent naissance au beau petit Claude.
Dès son plus jeune âge, le dernier de la tribu se distingue : il préfère les robes aux pantalons, veut pouvoir s'asseoir sur ses cheveux longs et rêve de devenir une princesse. Quand il sera grand, Claude, désormais nommé Poppy, voudrait être une fille.
Pour cette grande famille aussi chaleureuse qu’atypique, Claude peut être celui qu'il ou elle veut. Mais à l'école et dans leur entourage, accepter la différence n’est pas simple. Commence alors un long chemin pour Poppy et les siens…

Une collègue m'a demandé il y a quelques jours des suggestions de livres pour ses vacances. J'ai donc repris le chemin du blog (que je néglige un peu trop ces derniers temps, pour des raisons indépendantes de ma volonté) afin de vous parler de quelques titres, dont Poppy et les Métamorphoses (qu'elle a embarqué dans sa valise).
Un roman qui m'a attirée car il aborde un thème peu traité en littérature "grand public", à savoir la transidentité (en littérature française, dernièrement, il y a eu Point Cardinal de Léonor de Recondo, que j'avais lu et trouvé juste, mais qui m'avait un peu laissée sur le bord de la route), et qu'il se base en partie sur l'
histoire profondément personnelle de Laurie Frankel, laquelle s'est inspirée de son parcours avec son propre fils pour tisser la trame de son roman (elle en parle un peu dans son épilogue).

Poppy et les métamorphoses est une histoire sincère, touchante, où l'on suit Poppy-Claude du début à la fin avec beaucoup de tendresse, en espérant la/le voir être celle ou celui qu'elle/il ressent au plus profond d'elle/lui-même, sans se préoccuper de quoi ou qui que ce soit d'autre.

D'emblée, et c'est ce qui fait la force de ce roman, Poppy-Claude est attachant(e), tout comme sa famille, qui se montre compréhensive, bienveillante, impliquée: un père écrivain qui invente des histoires qui adoucissent, une mère médecin, des parents ouverts, aimants, bien que pleins de doutes et de craintes face aux étapes et décisions qui se présentent à eux, ainsi que des frères désorientés mais respectueux.
Une famille parfois 
un peu dépassée par les évènements, mais qui fait front. Enfin, dépassée surtout par les autres, leurs oeillères, leur violence, verbale ou physique, face à la différence. Alors que tout semble si naturel à travers les yeux d'un enfant. 

Malgré quelques longueurs et un côté parfois légèrement "simpliste", ce roman ne se lâche pas et a le mérite d'ouvrir des portes encore peu ouvertes, de permettre à certains de questionner leurs préjugés et leur conformisme, et à d'autres de peut-être se sentir moins seuls en partageant le cheminement intime d'un enfant vers lui-même, et de ses parents dans l'accompagnement d'un possible changement de sexe, sans jugement. 
Un livre sur l'identité sexuelle plein d'une tolérance qui fait du bien, abordant avec douceur, mais sans naïveté car dans la difficulté et l'adversité, un sujet encore tabou qui ne devrait plus l'être.  

" - La troisième étape est plus amusante. La troisième étape, c'est de continuer à avancer.
- Et ça prend combien de temps? demanda Rosie de mauvaise grâce.
- Ça prend toute la vie, répondit M. Tongo, de son air jovial habituel. C'est une bonne chose qu'elle s'y mette tôt."

 L'auteure >> Laurie Frankel vit à Seattle avec son mari, son enfant, son border collie, et beaucoup de livres.
Elle a longtemps enseigné la littérature à l’université et se consacre désormais entièrement à l’écriture. Après Adieu ! ou presque... (Fleuve Éditions, 2013; Pocket, 2017), Poppy et les métamorphoses est son deuxième roman.
Son site : www.lauriefrankel.net

18 juin 2018

PUNCHLINES, des ados chez le Psy - Samuel DOCK

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"L'humour a non seulement quelque chose de libérateur, mais encore quelque chose de sublime et d'élevé." Sigmund Freud

Sujets bien souvent à la merci des stéréotypes, entre cabinets poussiéreux, divans, vestes en tweed, et jeunes vautrés sur leur siège, les yeux rivés sur leur smartphone. À l'encontre de ces clichés, Samuel Dock montre les adolescents tels qu'il les a accompagnés : drôles, pertinents, parfois cyniques, souvent moqueurs et surtout stupéfiants dans leur habileté à manier le second degré et l'auto dérision.
Ni confession de psy, ni ouvrage clinique, il livre ici leurs meilleures " punchlines " et offre un voyage inédit et décalé au coeur d'une des périodes les plus mouvementées de la vie!

Lorsque je dis que j'ai une "ado/ulte"de 18 ans, les gens me lancent souvent un regard plein de compassion. Parce qu'aux yeux de beaucoup adolescence est synonyme de crise(s), de jeunes mous du genou, d'hormones envahissantes, et de chambre/tête mal rangée... bref rien d'ultra séduisant. 

Alors quand un psy comme Samuel Dock vient à la rescousse de ces ados mal considérés en les faisant participer de manière originale et décalée, cela donne Punchlines: de courts extraits colorés/acidulés, brillamment commentés, de consultations durant lesquelles ses jeunes patients l'ont amusé, surpris, touché. 

Je me souviens très bien de mon adolescence, cette période charnière entre l'enfance que l'on quitte et les responsabilités d'adulte qui s'annoncent (et dont on n'a pas forcément envie...). Cette période sens dessus dessous durant laquelle tant de choses se passent ou nous dépassent... les choix que l'on doit faire, les messages que l'on cherche à faire passer, tant bien que mal, dans une société plus ou moins conciliante/encourageante (et plutôt moins que plus)...
Plus j'avançais dans ma lecture, plus tout cela me revenait, et j'admirais la faculté d'écoute et d'analyse de Samuel Dock, son ouverture d'esprit, sa fraîcheur, sa bienveillance, son recul et ses grandes capacités d'accompagnement (et d'auto dérision). 

Derrière le côté en apparence "divertissant" de ce livre se trouvent des questionnements d'une grande profondeur, des doutes touchants, et des réflexions pleines de lucidité, de la part d'ados attachants et spontanés dotés d'une sacrée répartie, et d'un franc parler que nous aimerions ne pas avoir à dissumuler dans nos costumes d'adultes. 
Merci donc à Samuel Dock d'avoir donné la parole à quelques uns de ces ados que l'on écoute/considère trop peu, et d'avoir parallèment apporté un précieux éclairage psychologique à certains moments déconcertants de mon existence de parent :-). 

"- Je suis frustré, car, voyez-vous, parfois une imge s'inscrit dans ma tête. Elle est magnifique, merveilleuse, elle m'enchante! Alors je me concentre et je la reproduis sur le papier. Et vous ne devinerez jamais comment est alors le dessin.
- Dites-moi?
-Moche." 

L'auteur (source Babelio) >>Samuel Dock est un écrivain et psychologue clinicien.
Il étudie la psychologie à l’Université de Sciences du Langage de l'Homme et de la Société à Besançon. Vivant à Paris depuis 2010, il exerce toujours le métier de psychologue clinicien à l’hôpital Robert-Debré en parallèle de son activité littéraire.
En 2012, son premier roman, intitulé "L’Apocalypse de Jonathan", rencontre l’estime de la critique et du public ; il reçoit le prix du premier roman en ligne, ainsi que le soutien de personnalités.
Samuel Dock commence la même année à rédiger une tribune au Huffington Post dans laquelle il traite de grands sujets de sociétés ou de la culture, qu’il lie à la psychologie. Certains de ses articles sont très lus et ont été repris par d’autres plateformes du site et dans d’autres pays francophones.
En mars 2014, il dirige le recueil de nouvelles "Nouvelles du couple" et réunit autour de lui treize auteurs français, dont Alain Vircondelet, Jérôme-Arnaud Wagner et Hafid Aggoune. Il écrit à cette occasion la nouvelle "La Coupure", ainsi que la préface de l’ouvrage. En avril, il signe la postface du catalogue de l’exposition "Ex Nihilo" qui réunit Jean-Christophe Fischer, Hélène Lagnieu, Olivier de Sagazan, Gaspard Schlum et Isabelle Vialle. 
En 2015, il s’associe avec une de ses anciennes enseignantes et publie "Le nouveau choc des générations" chez Plon, lecture contemporaine du Fossé des générations, essai publié en 1969 par Margaret Mead, œuvre saluée par la critique. Avec le succès de l’ouvrage, une suite est rapidement annoncée chez le même éditeur pour février 2017 : "Le nouveau malaise dans la civilisation".
Consécutivement au Nouveau Choc des générations, Julia Kristeva choisit Samuel Dock pour l’accompagner dans la rédaction de ses mémoires sous la forme d’entretien. En résulte le livre "Je me voyage", publié chez Fayard en octobre 2016. 

site de l'auteur : https://samuel-dock.com/ 
Les éditions FIRST: https://www.lisez.com/first-editions/28

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