c'est quoi ce roman

Je ne résiste que très rarement à un premier roman...
Et alors lorsque Lydie Zannini + les libraires de La Grande Librairie m'en parlent avec enthousiasme, là je ne résiste pas du tout... 

L'histoire >> Loin de son fils, Frédéric, qu’elle a toujours rejeté, Malou mène une vie luxueuse et calme avec Robert, son dernier mari, un virtuose de la chirurgie esthétique. Elle lui doit les multiples interventions qui ont soustrait son corps au temps.
Frédéric a rompu tout contact avec sa mère depuis des années. Jusqu’au jour où il débarque chez elle à l'improviste, avec son épouse et leurs trois enfants.

La narration changeant fréquemment de personnage m'a, au début, un peu "déboussolée", mais de manière relative hein, parce que la sauce prend rapidement, ce n'est pas difficile à suivre et l'on cerne rapidement les divers narrateurs, leurs "centres d'intérêts" et leurs personnalités.

Le "pitch" de l'histoire, pas aussi légère que je ne pensais, est en apparence "classique".
Cela a permis à Corinne Devillaire de développer sa trame dans un style original, plutôt nerveux, et corrosif. Car, comme dans certains films, un "simple" évènement, une visite faite à contrecoeur mais a priori sans conséquences, dégénère et prend des proportions incroyables. 

Nous le savons dès le début car l'on commence avec une "déposition", on devine donc que quelque chose s'est mal passé. Oui mais quoi? Qui? Comment? Etc...
Alors on lit, on tourne les pages, on suit les personnages, les écoute se souvenir, écrire dans un journal/une lettre, parler à un psy... 
Nous passons d'une grand-mère qui a peur de vieillir et abuse de la chirurgie, pratiquée par son propre mari, jusqu'à ce qu'elle ait un déclic, à un fils à la violence refoulée, qui ne s'est jamais senti aimé, une femme psy qui croit bien faire, un chien apathique (qui porte le même prénom que le mari de la grand-mère...), trois enfants/adultes en devenir.
Une famille quasi normale, de prime abord.

Une famille faite de passé, de présent, qui se mèlent, et s'emmèlent.
Des amours mourantes ou naissantes, l'irrésistible transgression, les conflits de génération, les relations soeurs et frère, mari et femme, grand-mère/petits enfants, chien/maîtres... ils sont tous en manque de repères, en attente d'attention.
Cela permet de développer en trame de fond des thèmes vraiment pas facile à aborder, et Corinne Devillaire le fait sans lourdeur: l'amour interdit, l'absence d'amour maternel, les trahisons, la violence, le pardon, la dépression, l'influence des rencontres durant l'enfance sur les décisions d'adulte.

Corinne Devillaire esquisse une mosaïque dont elle ne dévoile le dessin complet qu'à la toute fin, et, même si j'ai parfois un peu tiqué (ce qui est inévitable, je crois, compte tenu de certains sujets traités)/regretté une accumulation de flash backs qui tournent un chouilla en rond (essentiellement dans le journal de Malou, la grand-mère), c'est un roman assurément bien fichu!


"Décidément, les plus belles rencontres sont celles des instincts."
 
Les médias en parlent (où vous pouvez écouter Lydie Zannini) >> http://www.editions-marchaisse.fr/medias-cest-quoi-ce-roman.html#.U0Ok6v1q3Io

L'auteur(e) >> Corinne Devillaire est germaniste. Après avoir vécu quelques années en Autriche, elle est aujourd’hui professeur agrégée d’allemand et enseigne à Lyon.