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Je ne vais pas en faire un secret, j'ai mis du temps à lire ce roman alors que je l'avais, que je voulais le lire, que je voyais/lisais que mes ami(e)s blogueurs/blogueuses en faisaient l'éloge et que j'avais une gentille dédicace de Karine Tuil, absolument adorable à une soirée littéraire durant laquelle elle fut passionnante, patiente, et très abordable.

Bref, après avoir eu du mal à me lancer, je me suis plongée dans L'Invention de nos vies sans plus le lâcher.
J'ai fini par être prise dans l'histoire de ces destins croisés, de ces vies un peu mêlées, "volées", ratées, rattrapées, piétinées....

L'histoire >> Sam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »... Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c était à refaire ? 
À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c est la déflagration...

Une écriture tendue comme un arc, qui tient en haleine dans ce "polar social"...
Et pourtant, je ne veux pas non plus vous cacher qu'au bout d'un moment, j'ai un peu eu du mal à continuer. Mais pourquoi? Et bien je dirais quelques longueurs, des noeuds, des petits stéréotypes, des femmes un peu trop passives/soumises à mon goût... je ne saurais pas vraiment expliquer... mais ce n'était peut être qu'à cause d'une mauvaise grippe aussi, allons savoir! 

Cela n'empêche que je ne l'ai pas posé, et mon sentiment final est que ce livre est tout de même magistral dans son montage, sa densité et sa progression, ainsi que son
 vocabulaire très riche. D'ailleurs Karine Tuil aime dire qu'enfant elle lisait le dictionnaire avant de dormir, qu'elle a cet amour des mots qui lui donne l'envie d'en sortir de l'oubli, ce qui nous permet de faire la découverte de certains avec bonheur.

Oui la plume de Karine Tuil nous embarque dans ce roman multiple.
Un roman sur le mensonge, l'identité, les religions, le judaïsme, l'islam, les extrêmes... l'usurpation, la manipulation et le poids de tout cela sur une vie et ses répercussions sur les autres... 

Mais aussi un roman qui parle d'un couple bancal qui se perd, le ressentiment, la déception, le poids de l'âge et de la beauté qui menace de filer, la frustration, la souffrance face à la violence d'une séparation et la résilience par l'écriture (ainsi que son processus, puis la violence du succès et des critiques).

Karine Tuil aborde également, et surtout, des sujets politiques et religieux, sans acculer qui que ce soit, elle traite autant de la discrimination "quotidienne"/presque banale que des méthodes policières "musclées" face à des soupçons de terrorisme, la torture mentale (où l'on voit un rappel subtil de l'existence de la présomption d'innocence) et la société qui sonne si rapidement/plaisamment l'hallali...

Elle nous décrit d'une plume vive et rythmée ces destins, ces roues qui tournent, l'amour déçu/trahi, la domination sociale/sexuelle, le paraître... les pièges auxquels on se prend soi même... les spirales... et le rejet comme détonnateur.


Voilà, l'Invention de nos vies c'est un livre universel sur l'exigence de la société qui vous dévore mais reste impossible à rassasier, la pression de la réussite qui justifie les armes insensées employées afin d'y parvenir.
Pour, finalement, retrouver son âme/sa liberté dans la chute et sa fenètre ouverte sur de multiples lendemains...

J'attends impatiemment l'adaptation cinématographique, sur laquelle Karine Tuil travaille.

(Et si L'invention de nos vies n'obtient pas le prix Goncourt, je le vois bien remporter bien d'autres prix, notamment le prix des lectrices ELLE... mais ce n'est qu'un sentiment personnel; il a d'ailleurs déjà remporté Les Lauriers Verts, le prix Roman de la Forêt des Livres).


" Que fait-on des honneurs? Est-ce qu’on a une chance supplémentaire d’être aimé? Un accès à l’immortalité? Devient-on invincible? Super-héros? Est-ce une assurance contre l’échec amoureux? Contre la mélancolie et la haine de soi? La vieillesse et la maladie? Est-ce qu’on dort mieux après avoir été célébré? Devient-on un meilleur écrivain? Un meilleur amant? Augmente-t-on ses chances d’être pris au téléphone? D’avoir un rendez-vous chez le médecin? Obtient-on une meilleure table au restaurant? Et si on a le vertige?"