herbe

« Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la GTS, j’ai fait la gueule. Mais j’ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l’odeur de sa première clope. J’ai dit “ouais”, j’ai dit “super”, la mort dans l’âme, même si j’avais compris que la GTS pour la GTX, c’était déjà le sixième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le père Noël, Mathilde, la plus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel. » 

Par petites touches qui sont autant d’instantanés de vie, Kolia convoque les figures, les mots, les paysages qui ont compté : la route des vacances, les filles, Totor le paysan aux cèpes et la maison de famille, des livres, quelques sauterelles, Raspoutine le berger allemand… Des petits riens qui seront tout.

J'avais remarqué ce titre chez StoryLab, quand il avait reçu le prix des lecteurs du livre numérique 2013, mais je ne l'avais pas lu (le souci des wish-lists et des PAL infinies...).
Sa parution papier, et enrichie, aux nouvelles éditions Préludes, me l'a remis en mémoire.
Et j'en suis bien contente!

Car derrière cette touchante couv (qui rappelle le temps où nous avions encore le droit de passer la tête par la fenètre de la voiture), Nicolas Delesalle, alias Kolia, livre des instantanés de son enfance, de son adolescence, des "passages initiatiques", qu'il écrivait d'abord sur Facebook puis sur un blog.
Faisant partie de la même génération que lui, bien qu'il parle de souvenirs personnels, il m'en a remémoré certains historiques (l'explosion de la navette Challenger, la première diffusion du clip Thriller de Mickael Jackson) ou plus intimes (les départs en vacances, la découverte de la lecture, les premières fois, les premières expériences scientifiques foireuses... et ce fameux parfum d'herbe coupée...). 

Cela donne cette DeLorean (mais si: la voiture de retour dans le Futur qui va dans le passé... dont l'auteur parle dans ses pages...) de livre constitué de courtes "nouvelles" légères, insouciantes ou graves, de découvertes, d'un chouette mélange d'émotion, de pudeur, de simplicité, de rire, de douceur, et d'une certaine nostalgie (sereine) qui font écho et donnent envie de se replonger dans ses propres souvenirs et albums photos (voire de re-jouer aux billes...;-))...

Nicolas Delesalle a un sens du détail affûté et de la chute qui fait mouche, j'ai retrouvé dans les pages d'Un parfum d'herbe coupée un style journalistique qui condense les mots, taille dans le gras pour donner l'essentiel (sans pour autant se priver de poésie).
Ce qui peut éventuellement laisser quelques lecteurs/lectrices sur leur faim (ce qui ne fut pas mon cas, mais je préviens).

Un doux moment de lecture qui m'a fait du bien, une jolie découverte que cette plume, enlevée, proche, sincère et fraîche, d'un auteur à découvrir et à suivre!

"Tu sais, Anna, je chevauche ma quarantième année et pour la première fois depuis que je suis né, j'ai la force de me retourner pour regarder le paysage. C'est une torsion fabuleuse et nouvelle et je n'ai pas envie de fixer ce qui traîne juste derrière moi, non, je cherche l'horizon lointain, l'étoile la moins brillante, les débris les moins évidents, ce passé de la fin du XXème siècle, quand j’étais encore gamin, quand mon seul but dans la vie était de gagner des billes..."

L'auteur >>Né en 1972, Nicolas Delesalle est grand reporter à Télérama. Il a notamment couvert les révoltes dans la capitale égyptienne.