je suis un dragon2

« On s’habitue à être surhumain, et très vite on comprend que ce n’est qu’une des multiples façons que la vie a trouvées pour nous dire qu’on est un inadapté. »
Margot est une jeune orpheline timide et solitaire. Un jour, elle découvre sa véritable nature : elle est douée de capacités extraordinaires. Ces pouvoirs la terrifient, elle les dissimule jusqu’à ce qu’un événement tragique la contraigne à se dévoiler.
On lui demande alors de mettre ses dons au service de l’humanité. Sa vie se partage désormais entre son quotidien de jeune fille espiègle et des missions d’une grande violence. Adulée et crainte, elle devient une icône. Mais peut-on sauver le monde si l’on s’y sent étranger?

Je suis un dragon, dit Margot du haut de ses 12 ans (ah, enfin une enfant réaliste! ;-)...).
Au cours de ma lecture, j'ai réalisé qu'un des anagrammes de dragon, c'est gronda...
Et il y en a des choses qui grondent en Margot, d'abord enfant, puis jeune femme, ce qui en fait un personnage attachant, malgré sa violence. 
Une enfant invincible, mais pas insensible, qui se réfugie dans le dessin, la lecture (dont on ne saurait trop rappeler l'importance...)....
Une jeune fille en qui on peut se reconnaître, bien qu'elle soit, elle, dotée de pouvoirs surnaturels. 
Car, au-delà du côté super-héroïne, j'ai vu dans ce roman une façon originale d'aborder la difficulté de grandir, de devenir femme, et d'être différente.
En se sentant en marge, seule, perdue, en étant scrutée, comme un animal de laboratoire, traitée par un médecin manquant totalement d'humanité, rejetée.
Puis, en perdant son innocence, en se sentant tellement coupable qu'elle se laisse utiliser, manipuler, presser comme un citron, 
à faire son auto promo/des opérations séduction, privée de sa liberté de mouvement et de pensée, transformée en objet marketing rassurant pour la population...  tout cela pour servir les intérêts divergents d'hommes politiques qui cherchent à tirer la cape, euh couverture, à eux... 

Avec son éternel talent de conteur, sa plume enlevée, touchante, amusante, cynique et fraîche, Martin Page livre ici une intelligente critique de notre société, nos dirigeants et nos contemporains.
Et, à travers ce parcours initiatique mêlant plusieurs univers avec une belle dextérité, Martin Page se réapproprie quelques codes de la fantasy (qui m'a rappelé La nuit a dévoré le monde) pour habilement aborder le sujet de la "mutation" adolescente, le passage à l'âge adulte, l'envie d'émancipation, le besoin de liberté.
Et de la paix, si difficile (impossible?) à trouver, à entraîner, même avec des supers pouvoirs, surtout sous le regard et le poids des exigences des autres.

 "On ne peut sauver le monde qu’en silence."

L'auteur >> Martin Page est, entre autres, l'auteur de Comment je suis devenu stupideOn s'habitue aux fins du mondeL'Apiculture selon Samuel Beckett et Manuel d'écriture et de survie. Sous l'alias Pit Agarmen, il a écrit La nuit a dévoré le monde
Il est également écrivain pour la jeunesse.

Les éditions Robert Laffont : http://www.laffont.fr/site/page_accueil_site_editions_robert_laffont_&1.html

Mes billets sur: La nuit a dévoré le Monde, Peut-être une histoire d'amour, et Manuel d'écriture et de survie