effervescence pianiste

Je vous parle d’un autre monde.
Dans ce monde que j’ai inventé, les vieux papiers discutent, les saisons prennent le large, les vents fleurent bon le passé et les arbres s’évadent de prison…
Dans ces drôles de vies-là, que l’on soit enfant ou vieillard, riche ou pauvre, de chair et de sang ou bien inanimé, on n’aspire qu’à une chose : le bonheur.
Et si ce bonheur tend à se cacher parfois, tous finissent par le toucher du doigt, du bout du cœur, du pinceau ou même, pourquoi pas, de l’oreille, car il suffit de rester à l’écoute pour ne pas le rater.
Alors, éclateront les couleurs, s’envoleront les carcans et résonneront les hymnes à la joie de revivre.

Dans ce recueil de nouvelles, Emmanuelle Cart-Tanneur nous emmène, comme à son habitude, dans un quotidien qui, illuminé de son imagination, paraît moins fade, animant des objets, faisant voler les âmes et les poissons, donnant la parole à la nuance, aux saisons, à une feuille de papier, une note de musique, ou la Vénus de Milo... et me touchant profondémment avec son pêcheur d'oubli... 

On referme ce livre avec une furieuse envie que certains des phénomènes paranormaux décrits (et tellement crédibles) se produisent.
Parce que beaucoup mettent du baume au coeur, font sourire et redonnent un certain espoir en l'humain et le monde autour; quand d'autres vont droit au coeur, nous rappellent nos singularités et fragilités, et nous enjoignent à nous déployer... 
Tout ceci donne des textes entraînants comme des chansons, aux sons/à la rythmique étudiés, des mots millimétrés, dans une langue ultra soignée.

L'effervescence du pianiste est un recueil entre sourire, optimisme et mélancolie, plein d'une délicatesse, d'une poésie ouvrant la porte vers une humanité, une émotion, un imaginaire, qui réconfortent, tout en laissant une part belle à l'ironie et au réalisme qui touchent. Merci Emmanuelle, on en redemande!

"Je n'étais rien qu'un vieux papier, un souvenir d'un autre temps - de ceux que l'on garde un moment, au cas où, avant d'oublier jusqu'à leur existence. 
J'étais une facture; une simple facture, celle du vieux secrétaire que j'avais accompagné, de la réserve du brocanteur à l'appartement des Jolibois, initialement glissée dans l'un des tiroirs du meuble fraîchement acquis.
Je me souviens encore du jour où j'en avais été extirpée, après moult secousses et cahots dus à l'installation du nouveau meuble en bonne place: la lumière du jour qui m'avait éblouie, moi qui n'avais jamais connu que la pénombre. J'avais vérifié l'alignement de mes lignes et le bon arrangement de mes totaux - tout était en ordre. Mon papier encore craquant présentait bien et je m'étais pliée de bonne grâce aux volontés de mes nouveaux maîtres qui, à mon grand dépit, m'avaient remisée presque aussitôt au fond du secrétaire; je me consolai en constatant qu'au moins, je n'étais plus confinée dans un tiroir et pourrai jouir, de temps à autre, de la clarté offerte à chaque entrebaîllement de l'abattant d'acajou."

L'auteur(e) >> Emmanuelle Cart-Tanneur est biologiste médicale à Lyon mais a laissé, depuis quelques années, sa passion pour l’écriture prendre son envol. Ses nouvelles, tantôt noires, tantôt folles, flirtent parfois avec le surnaturel sans jamais s’éloigner pourtant du domaine des possibles.
Ses précédents ouvrages : Ça va mal finir, Série Noire et Sens dessus dessous, chez TheBookEdition ; Ainsi va la vie, chez Numeriklivres ; Et dans ses veines coulait la sève, chez Terre d’auteurs ; Généalogie de l’Exode, chez Zonaires. Jacques Flament a publié Le dernier modèle dans la collection Côté Court.
Jacques Flament Editions: http://www.jacquesflamenteditions.com/

Le billet de Laurie Lit, emballée aussi, par ici. Ainsi que celui de Martine, !

Enfin, encore par ici, si cela vous dit, mon billet sur le précedent recueil de nouvelles d'Emmanuelle Cart-Tanneur, Et dans ses veines coulait la sève.