serial social

Voici le premier témoignage d'une assistante sociale en France. Elle montre à travers des anecdotes et de nombreux témoignages les aberrations d'un système qui se mord la queue et qui n'aurait plus de protecteur que le nom. S'appuyant sur son parcours professionnel, sa pratique et ses rencontres, l'auteure essaie de donner des mots, des visages et du concret à notre système de protection sociale.

L'ambition des éditions Les liens qui libèrent, créées en association avec Actes Sud, est "d’interroger la question de la crise des liens dans nos sociétés occidentales".
Et ici, l'interrogation sociale est forte... c
omme ce témoignage.

Bon, ce n'est pas qu'on ne s'en doute pas, que ça se passe pas super bien, dans les locaux (et dans la hiérarchie) des services sociaux (et si y'avait que là...)... C'est pas faute d'entendre régulièrement parler de galère sans nom du côté des "usagers", comme celui des employés... ou d'entendre parler de drames qui "auraient pu être évités" si... 
Si quoi en fait??
S'il n'y avait pas tant de bâtons mis dans les roues des personnes qui humainement voudraient avancer en tandem avec les personnes qu'elles reçoivent.
S'il n'y avait pas une telle inertie, une telle lourdeur administrative, un tel manque de moyens.
Mais aussi s'il n'y avait pas tant de clichés débités en série, lieux communs véhiculés par de faux dogmes, désignant de faux (et faciles) coupables (aaaah les "assistés")... 

Elise Viviand, assistante sociale depuis 10 ans, nous emmène avec elle donc dans son/ses bureau(x).
Et nous parle sans faux semblants de ses débuts, bourrés d'enthousiasme et de feu sacré, à l'élan ralenti, mais à la volonté toujours présente, jusqu'à son - quasi inévitable - burn out.
On reste bien loin de l'image de "Pause-Café" qui m'avait d'ailleurs donné envie de m'intéresser à ce métier (que je n'ai finalement pas fait...) faiseuse de miracles en un épisode/limite Joséphine ange gardien. 
Mai en vrai, non (...), les assistantes sociales ne sont pas des fées (ou alors, leurs baguettes sont en carafe...), et elles ne peuvent solutionner en un claquement de doigt le manque d'effectif, l'entassement des dossiers, les lenteurs, les absurdités qui enfoncent tout le monde du talon, dans l'espoir non-dit que les "usagers" baissent les bras, parfois...

Attention, Elise Viviand précise bien qu'elle écrit en son nom, et que certaines collègues ne partagent pas nécessairement son point de vue, plutôt tranché.
Elle donne "simplement" et sincèrement son sentiment, tiré de sa propre expérience, et partage avec nous anecdotes ou souvenirs marquants... oui certains de ses propos bousculent, car ils vont parfois à contre courant de certains idéaux, ils portent à notre connaissance des éléments d'analyse que moi, perso, je n'avais pas. 
A la fin de cette lecture, on comprend encore mieux son ras-le-bol, ayant partagé ce quotidien, les inepties qu'elle se voit dans l'obligation d'appliquer, le contact avec le public aux immenses espoirs et attentes, les injustices, et toute la psychologie et la patience dont elle doit faire preuve. Les colères qui la brûlent, l'impuissance, la dualité, son découragement, ses envies d'ailleurs...

Ce récit n'est pas qu'un utile (et argumenté) cri de lassitude et de colère (qui calme bien les râleries personnelles pendant quelques jours), il témoigne aussi d'un bel engagement/lutte auprès des démunis (au nombre desquels nous pouvons tous compter à un moment ou à un autre), et de l'espoir de voir encore les choses évoluer dans le bon sens...


"Contrairement à ce que peut imaginer l’inconscient populaire ou le législateur qui juge par les chiffres, il n’y pas beaucoup de générosité dans le système d’aide sociale. Il y a une succession d’obstacles infranchissables, de dossiers égarés, d’impératifs administratifs à remplir et de normes à satisfaire. Le système lui-même vit dans la peur et élabore des stratégies pour trier, évincer et s’auto-satisfaire que oui, il est généreux mais dans la limite de ce qu’il a choisi de faire."