Couv-LeBonheur-en-prime

Depuis trente ans, Gaspard est le majordome de Jules Berlingault, vieux monsieur loufoque et richissime qui décide, sur un coup de tête, de lui léguer sa fortune. 
Mais rien ne va plus dans son immeuble : querelles de palier, déprimes, couple en crise… Jules se prend d’affection pour ses voisins, Patrick, Rose, Antoine, Luna, et les invite à l’île de Ré pour les vacances de Pâques.
Après une arrivée explosive, il leur propose un incroyable marché : s’ils parviennent à prouver qu’ils sont heureux en restant unis, ils hériteront de tous ses biens.
Dès lors, Gaspard, le narrateur à cran, n’aura de cesse de faire capoter cette comédie du bonheur.

Dès la première page en compagnie de ce majordome, j'ai pensé à la série des Jeeves, de PG Wodehouse (mon Dieu ce que j'ai adoré ce majordome/valet de chambre britannique!!). Oui, Gaspard a du Jeeves (la causticité) en lui, mais en fait, il est pire.
Car Gaspard, en plus, est cupide et fourbe, il campe un Scapin moderne, dévoué, trouvant solution à tout, changeant de masque selon ses interlocuteurs, se livrant à des apartés, nous offrant des moments dignes de la comedia dell'arte rencontrant les tontons flingueurs.

La relation maître/serviteur est un ressort assez courant au théâtre mais finalement pas tant dans les romans contemporains (ou bien je ne les ai pas croisés ;-)).
Cela offre une manière intéressante de traiter de l'envie, de l'attrait de l'argent, l'attachement fatalement perverti qui résulte de ce genre de relation "inégale".
Surtout lorsque, dans ce "couple", viennent "s'incruster" des voisins en difficulté qui donnent soudainement envie à Berlingault de s'en mêler... 

Il faut dire qu'il est servi: un ancien militaire traumatisé par la guerre, dont le retour se passe mal, le rend violent et dont la femme a renoncé à beaucoup pour leur famille + un écrivain "raté", effacé, en manque d'inspiration et de motivation + une jeune femme chahutée par le monde du travail... Et au milieu, un chat, Essuie-plume, et deux chiens, Oignon et Amora, portant des noms pour le moins originaux et "symboliques"... 

Donc, à son âge, (très) avancé, Berlingault est encore (très) vif et (très) joueur et n'a plus rien à perdre.
On le voit animé par le désir de partager ses richesses, et pas que ses biens immobiliers ou le contenu de sa cave ou de ses comptes en banque (même s'ils lui servent évidemment "d'appâts")... Alors, pour se sentir utile et "réveiller" ses voisins "paumés"/pris dans un engrenage du quotidien dangereux, il va se transformer en metteur en scène et les pousser à jouer la comédie du bonheur, espérant qu'ils se laissent finalement prendre au jeu... 
Pour cela, il les emmène à l'île de Ré, scène/cadre idyllique qui donne sacrément envie... (mais dont on découvrira tout de même quelques petits travers locaux/"politiques"). Dans ce huis clos/microcosme à l'humour plein de sérieux, aux dialogues enlevés et aux complicités changeantes/intérêts qui se percutent, les personnalités se dévoileront.

Je ne vous en dirai pas plus sur cette 
comédie satirique moins légère qu'elle n'y paraît, qui se lit vite, sans se perdre en circonvolutions ni devenir un dicours "simplet", dont la morale finale/globale prête à réfléchir sur la générosité, le passé, les raisons de la "dévotion", la manipulation, les poisons du quotidien que l'on voit mal... et donne envie de partager ce roman avec nombre de personnes, des plus vénales aux plus sincères. 


"- Je vous propose un défi. Pour jouir de mes biens, une seule condition: que vous soyez heureux. Le bonheur est une chose fragile qui s'éveille parfois par la magie d'un déclic, d'une rencontre. Laissez vos grises mines au vestiaire, oubliez coups bas et ressentiments. Tout deviendra possible. rêvons un peu. Vous allez être les acteurs d'une représentation unique en quête d'un auteur metteur en scène; j'ai nommé votre seviteur. Vous deviendrez ce que vous jouerez, tels que je vous veux. Vous me prenez pour un hurluberlu? Vous en avez le droit. Réflechissez vite. Je suis un homme pressé et exigeant. Si vous décidez de me suivre, il faudra me convaincre. Sachez que je ne me laisse pas facilement rouler. Ah! j'oubliais, ce sera tout ou rien. Si l'un de vous fait faux bon, le jeu s'arrêtera. Et mes sous iront... je verrai bien..."

L'auteur(e) >> Emmanuelle de Boysson est née en 1955 à Paris, elle est romancière, critique littéraire et essayiste. Elle est présidente du prix de la Closerie des Lilas, et membre du comité de sélection du festival des créations télévisuelles de Luchon, du jury du prix Geneviève Moll de la biographie (2013), du jury du prix « L'Île aux livres/La petite cour » au salon du livre de l’île de Ré.
Son site: http://emmanuelledeboysson.fr

Les éditions Flammarion: http://editions.flammarion.com