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Berlin, de nos jours. 
À quatorze ans, Nini et Jameelah sont inséparables. La journée, elles se cachent dans les toilettes du lycée pour boire leur «lait de tigre», 1/3 de brandy, 1/3 de jus de fruit de la passion, 1/3 de lait, le tout caché dans une bouteille de Müllermilch. Quand l'école est finie, elles enlèvent leur pantalon, enfilent des bas résilles, et partent aguicher les passants le long du Ku'Damm. Le soir, elles traînent sur le terrain de jeu en bas des tours de leur cité avec Nico, qui graffe inlassablement le mot SAD sur les murs. Elles fument de l'herbe dans la cabine téléphonique, font la fête dans la station de métro désaffectée, et entraînent à la piscine Amir, leur voisin, qu'elles protègent comme un frère du conflit familial permanent dans lequel il évolue. C'est l'été, il fait chaud, Nini et Jameelah sont des femmes maintenant. Cet été, c'est peut-être le dernier qu'elles vont passer ensemble. La mère de Jameelah, réfugiée irakienne, a reçu des papiers qui annoncent leur expulsion prochaine. Et surtout, il y a cette soirée sur le terrain de jeu…

Je n'étais pas à 100% sûre que Lait de Tigre soit mon genre de littérature lorsque les éditions Belfond m'ont proposé de me le faire parvenir. Puis, j'ai accepté, car la lecture de son résumé m'a fait penser au très beau (premier, également) roman Le bruit de tes pas de Valentina d'Urbano, parlant d'une jeunesse à l'abandon en Italie (et d'une bouleversante histoire d'amour)...

Plutôt que d'amour (ici "géré" avec peur mais aussi jeu et pragmatisme par les héroïnes...) Lait de Tigre est une histoire d'amitié contemporaine. D'amitié en plein coeur de Berlin, dans un quartier pauvre, désoeuvré. Où certains parents, trop occupés ou trop inactifs, ont renoncé, sombré, ne parviennent plus à s'imposer.
Où se nourrissent les tensions entre immigrés n'ayant pas effacé des conflits vécus ailleurs.
Où l'alcool, la drogue, sont des refuges comme d'autres.

Lait de Tigre est l'histoire d'une
relation sombre, belle et parfois joyeuse, malgré ce cadre morose, entre deux jeunes filles que nous voyons évoluer sur plusieurs années.
Un roman d'apprentissage moderne, les confrontant aux injustices, au chômage, à la violence, leurs consciences et la loi...

Stefanie de Velasco, dans une certaine langueur (à l'image de la vie qui défile parfois lentement dans les rues de ce quartier) aborde des sujets controversés de manière sensible, et réaliste, elle traite de la violence du passage à l'âge adulte avec bienveillance et signe, à mes yeux, un bien bon premier roman sur la jeunesse désenchantée et défavorisée de son pays.

"Je n'arrive pas à me souvenir depuis quand je n'ai pas vraiment escaladé quelque chose. C'est étrange qu'à un moment ça s'arrête, cette envie d'escalader, et que l'on n'arrive même plus à se rappeler le moment où on a arrêté. Les adultes, eux, savent toujours quand ils ont arrêté de fumer, de boire, de donner le sein, mais le moment où on a arrêté de grimper aux arbres ou de jouer aux billes ou à la Barbie, on l'oublie bien avant, avant d'être adulte."

L'auteure >> Née en 1978, Stefanie de Velasco a fait des études d'ethnologie et de sciences politiques dans les universités de Bonn, Berlin et Varsovie. Après une courte carrière d'actrice, elle se consacre à l'écriture et obtient le prix Prenzlauer Berg sur la simple présentation des premiers chapitres de ce qui deviendra son
premier roman. Lait de tigre a été salué comme une révélation littéraire et sera traduit dans six langues. Elle vit à Berlin.

Les éditions Belfond : http://www.belfond.fr/site/page_accueil_site_editions_belfond_&1.html