LBEC

Je ne connaissais pas Tom Lanoye, je n'avais rien lu de lui jusqu'à ce que je lise dans un magazine quelques lignes au sujet de ce roman, paru en 1991 en Belgique, mais qui venait seulement d'être traduit en français, et dont le titre m'intriguait.

Je l'ai croisé un jour à la bibliothèque et un petit mot écrit par un précédent lecteur/lectrice ("p122!! hi hi!!") m'avait entraînée dans une lecture enjouée et impatiente.


Les Boites en Cartons, ce sont d'abord ces petites valises que l'auteur recevait lorsqu'il allait partir en colonie, fournies par la Caisse d'assurances maladies qui les emmenait, afin qu'il n'y ait pas de différences de classes sociales....... ensuite ce seront des boîtes d'archives contenant son passé scolaire, ses souvenirs.... puis.... puis à la fin cela devient encore une autre sorte d'écrin, dans lequel l'auteur nous emporte, nous laissant le coeur tout ramolli.

Mais en fait, m'emporter, Tom Lanoye l'a fait dès sa première phrase.
Dans cette histoire intime d'enfance et de jeunesse, il parle avec poésie, tendresse et fébrilité, et surtout une précision époustouflante de son pays, sa politique, son indépendance, l'Histoire, mais aussi de son passé, des femmes qui l'ont entouré et aimé, son éducation dans une école privée, des profs (aux portraits vitriolés), de son éveil aux plaisirs solitaires, la découverte de son homosexualité ainsi que son premier grand amour...

Entre humour (car il n'y a pas que la p.122 qui soit drôle :-)), cynisme et moquerie parfois (y compris de lui même), mais aussi avec beaucoup de douceur, il signe un roman d'apprentissage touchant et délicat, aux petits détails douloureux, scabreux ou gracieux, toujours vifs et nets comme un coup de pinceau lancé sur une toile-défouloir et sous nos yeux-confidents.  

Une bien jolie rencontre, que je vais prolonger dès que je le pourrai en lisant La Langue de ma Mère, du même auteur...

"Mais s'il est parfois malaisé d'oublier ce qui est écrit, combien plus difficile est d'oublier ce qu'on espérait voir écrit.
Et qui reste à jamais non écrit." (...)