odeur planchesB

Vous le savez peut être et si vous ne le savez pas je vous le dis, j'ai un peu cotoyé le monde du théâtre, les planches, les comédien/nes, les coulisses, les costumes, le maquillage, le lieu hors du temps......... et cette fameuse odeur dont il est question ici, et que l'on reconnaît dès que l'on a donné une pièce à la placeuse, que l'on a rejoint son siège avec des "excusez moi, pardon, merci, bien aimable, excusez moi, voilà, c'est là....", on s'assoit, et là on lève les yeux sur le rideau, cet immense rideau poussièreux, épais et lourd des souvenirs de toutes ces soirées où il s'est ouvert. 

J'ai retrouvé dans ce roman combien le théâtre est ouvert à tous, quelles que soient les origines, on n'est jamais destiné(e) au théâtre, on y vient, comme ça, d'où qu'on soit...
J'ai aussi retrouvé combien il est difficile de devenir spectatrice quand on a été de l'autre côté. 
De voir les autres continuer là où on a stoppé.
Bon, ici, la narratrice (c'est un récit autobiographique) se retrouve en fin de droits, et plus de rôles qui s'offrent à elle... Face à cette violence, et la nécessité de gagner sa vie, elle met des petites annonces pour faire des ménages. Et se délite dans ce travail qu'elle trouve harrassant et humiliant...

Bien...
J'avoue que j'ai eu une femme de ménage. Et qu'heureusement que je ne l'ai plus sinon je ne l'aurais peut être pas gardée tant ce discours secoue et m'a un peu culpabilisée... 
Et, quand même, honnêtement, je me suis dit que, si elle trouvait ce job si dégradant (ce que je peux comprendre), elle aurait pu opter pour un autre job d'appoint (caissière, prof particulier, garde d'enfants,...).
Voilà alors évidemment, si dès le début je n'avais pas compris ce choix c'était mal parti, et je ne me suis pas franchement attachée à cette femme très/trop "victime" à mes yeux (face à une situation qu'elle pouvait essayer de changer).

Pour autant... J'ai été touchée par la description de "la chute" qui guette tout le monde, et dont personne ne devrait avoir honte.
J'ai été touchée par l'
amour d'une fille pour sa mère, malgré le ressentiment qui pointe régulièrement.
J'ai été touchée par ses retours en arrière sur son enfance et l'arrivée de ses parents immigrés algériens, en France, le mal du pays de sa mère, l'intégration difficile, la honte parfois... Et par ce couple de parents, sans amour, mais attachés, unis dans cette solitude, ce mal du pays.

Un livre court, qui se lit vite, avec des chapitres/paragraphes coups de poing.
Au final, un sentiment mitigé à sa fermeture, en ce qui me concerne, mais tout de même contente de l'avoir lu et d'avoir croisé de jolis passages, dont celui ci:

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"Et puis le sang sur nos genoux finissait toujours par sécher"