Le monde n'a pas de fin

Le monde n’a pas de fin est une ode à Karachi, l’hommage d’un « écrivain dans la ville » qui ne veut pas qu’elle soit réduite à sa violence. Il en rassemble les fragments pour voir au-delà des apparences et faire surgir le monde fascinant d’avant l’islamisation forcenée, d’avant les bombes. Dans le bus qui mène du centre ville à la mer, se croisent ainsi trois générations de personnages qui racontent leur histoire : le père magicien, l’écolier repenti, le Camarade poète Sukhanza, le caïd amoureux, le diseur de mauvaise aventure…

Etonnant comme j'ai été dès le début prise dans ce recueil d'histoire liées, et comme en cours de route j'ai un peu perdu le souffle et le fil (me demandant parfois qui parlait...)... 
Ce qui ne m'a pas empêchée d'apprécier cette lecture, cette immersion dans la ville de Karachi que je ne connaissais que de nom et dont je n'avais jusque là entendu parler qu'aux infos. 
Une ville de bord de mer, mixte, grouillante, bruyante.
Ville-vase clos où les multiples personnages de ce livre se croisent, se fréquentent, se connaissent, certains partagent le même évènement/traumatisme, tous le subissent: un attentat à la bombe dans la gare de Cantt Station.

Et au-delà de cet évènement catalyseur, Bilal Tanweer aborde, avec beaucoup de philosophie et de poésie, la vie "classique" dans ce contexte de danger permanent, les premiers émois, la lutte, la politique, les religions, la mythologie, les relations fraternelles, la filiation, les fossés générationnels...

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Bilal Tanweer déroule une importante gamme de thèmes et de tons/styles selon ses narrateurs et leurs points de vue...

Il livre un roman en étoile, 
à l'image de cet impact de balle et ses ramifications, et à l'image de cette ville-mosaïque abîmée qu'il semble aimer de tout coeur: un roman multiple, entre espoir et douleur, explosions et mystères, pas toujours facile à suivre, mais humain.

"{les histoires} nous permettaient de nous relier au monde, de nous rendre accessibles aux autres afin qu'ils puissent nous lire.
Les fragments étaient authentiques, mais nous avions besoin de récits plus vastes.
Il nous fallait les histoires pour nous aider à appréhender la folie du monde dans lequel nous vivions."


L'auteur >> Bilal Tanweer est né à Karachi. Il a publié dans de nombreuses revues et figure notamment dans la sélection « Nouvelles voix 2011 » de Granta. Traducteur de l’urdu, il enseigne à l’université de Lahore, où il vit aujourd’hui. Le monde n’a pas de fin est son premier roman.

Les éditions Stock : http://www.editions-stock.fr