FNOX

Même si je ne suis pas très axée nouvelles d'ordinaire, j'en lis avec plaisir dès que je peux, notamment à chaque parution de la revue Bordel, à laquelle contribue d'ailleurs Régis Clinquart, et dont on retrouve (avec plaisir!) quelques extraits dans ce recueil de nouvelles.

FIAT NOX, est, à l'origine, un poème de Leconte de Lisle, que voici:

L'universelle mort ressemble au flux marin
Tranquille ou furieux, n'ayant hâte ni trêve,
Qui s'enfle, gronde, roule et va de grève en grève,
Et sur les hauts rochers passe soir et matin.

Si la félicité de ce vain monde est brève,
Si le jour de l'angoisse est un siècle sans fin,
Quand notre pied trébuche à ce gouffre divin,
L'angoisse et le bonheur sont le rêve d'un rêve.

Ô coeur de l'homme, ô toi, misérable martyr,
Que dévore l'amour et que ronge la haine,
Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne !

Regarde ! Le flot monte et vient pour t'engloutir !
Ton enfer va s'éteindre, et la noire marée
Va le verser l'oubli de son ombre sacrée.

Ca pose le mec, non?... 
On est clairement pas dans une comédie sentimentale.
Comme on dit "âmes-hyper-sensibles-s'abstenir"...

Bon, que ce soit clair, moi, je lirais du Clinquart sur le dos d'un chien galeux (il vous faut lire, si ce n'est déjà fait, Apologie de la Viande, immense!), même si cela doit me faire monter la nausée, la rage, avoir les lèvres tremblantes ou les larmes aux yeux, ce recueil, il triture vos boyaux, remonte votre coeur dans la gorge, vous oblige à  prendre une bouffée d'air, retrouver votre vie fluide, après avoir éprouvé une chaleur violente ou serré vos poings. 

En lisant ce recueil, on ne peut que ressentir un mix de sensations explosives.
On est face à l'humain dans sa plus sombre/claire apparence, parfois vêtu de sa toute-puissance-lui-octroyant-tous-les-droits, parfois doté d'un métier qui gagne/ou perd, ses lettres de noblesse (et pas toujours le métier que l'on croit).
Un humain mis à nu, ressentant, priant, salissant, ironisant, violent, laid, bas, ou innocent... cruellement vivant...

D'au-dessus des pages, on les voit, ces personnages tremblants, victimes les uns des autres, de l'ironie du sort, ou "du système", ces personnes que l'on a pris l'habitude de croiser sans savoir, sans sonder. Régis Clinquart, lui, les fait parler.
C'est à vif, c'est brut, c'est cru, c'est frappant. Ce sont des cris, de rage, de haine ou de détresse, que l'on entend, fort... des voix qui résonnent, longtemps, violemment.

Impressionnant. Et nécessaire.

"Et je sais bien moi, que je ne suis qu'un ivrogne et que je passe mon temps à gémir. Mais je suis fait ainsi. Tant mieux pour les autres s'ils ont plus de courage."