diable tout le temps

De l'Ohio à la Virginie-Occidentale, de 1945 à 1965, des destins se mêlent et s'entrechoquent : un rescapé de l'enfer du Pacifique, traumatisé et prêt à tout pour sauver sa femme malade; un couple qui joue à piéger les auto-stoppeurs; un prédicateur et un musicien en fauteuil roulant qui vont de ville en ville, fuyant la loi…

Dire que ce roman a été une claque serait répéter ce que d'autres ont déjà écrit/dit.
Et pourtant c'est le mot.
Oui c'est un roman dur et violent, mais c'est surtout un roman captivant, saisissant.
Un roman qui vous prend aux tripes, sur l'Amérique profonde et sans pitié, 
avec tout ce qu'elle peut contenir de misère, de glauque et d'horizons bouchés. Vous l'aurez compris, nous sommes loin-bien-loin du rêve américain.
Car ici il est question de fanatisme religieux, de porno-photographie, prostitution, corruption, torture physique et morale, d'un pasteur sulfureux, de prédicateurs sans scrupules, des traumas de la guerre, d'héritage... et point/peu de salut.
La folie, la violence, le péché sont partout dans ce roman au "montage" parfait et au style qui l'est tout autant.
Et, avec ce qu'il faut de distance, sans jugement, Donald Ray Pollock parvient par je ne sais quel miracle à rendre ses personnages pervertis "attachants" (voire magnétiques). 
Peut-être parce qu'il y met pas mal de son vécu? (il a quitté l'école à dix-sept ans et après plus de 30 ans de travail dans un abattoir puis une usine de papier, il est diplômé de l'Université de l'Ohio, et signe ici son premier roman, après un recueil de nouvelles - Knockemstiff).
Bref donc, la force de sa prose lancinante et addictive, son sens du rythme et ses pointes d'humour cynique donnent un texte plein d'authenticité noire, de rage, de tension, où le Diable planne et le mal gagne, souvent...

Y'a du Cormac MacCarthy, du Faulkner, du Kerouac (ok j'arrête) dans ce roman aux possibilités cinématographiques (Tarantino(esques)?)
 évidentes!

En conclusion, un brillant et étourdissant tourbillon de noirceur, de sauvagerie, et d'émotions brutes.

(Et je salue la couv du format poche que je trouve parfaite, et bien mieux réussie que celle de l'édition originale).

"C'est difficile de bien agir, dit-il. On dirait que le Diable n'abandonne jamais."

Le diable, tout le temps, a remporté en 2012, le Grand Prix de Littérature policière et du Meilleur livre de l'année du magazine Lire et en 2013, le Prix Mystère du Meilleur Roman étranger.

L'auteur >> Originaire de l'Ohio, Donald Ray Pollock a été ouvrier pendant trente-deux ans dans une usine de pâte à papier, avant de prendre le chemin de l'université et de se consacrer à l'écriture. Publié en 2008 aux États-Unis, son recueil de nouvelles Knockemstiff a marqué l'avènement d'une voix majeure dans la littérature américaine. Son premier roman, Le Diable, tout le temps, a été salué unanimement par la presse américaine et figure parmi les meilleurs livres de l'année 2011. Il est en cours de traduction dans une dizaine de langues.

Les éditions du Livre de Poche : http://www.livredepoche.com/

Les éditions Albin Michel : http://www.albin-michel.fr/

Le billet de Jérôme d'une Berge à l'Autre : http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/03/le-diable-tout-le-temps-de-donald-ray.html