nuit-devore-monde

Pit Agarmen est l'anagramme du nom/prénom d'un auteur (vous trouverez facilement l'info ailleurs qu'ici ;-)) dont j'ai lu, et beaucoup aimé, de nombreux romans.
J'étais donc très curieuse de le lire dans un autre domaine et le retrouver ici entouré de zombies.

Non, ne prenez pas peur et ne rebroussez pas chemin!

Parce que les zombies ce n'est pas mon premier choix de tasse de thé mais le côté "film d'horreur"/Je suis une légende/28 jours plus tard n'est pas ce qui prime.
Oui, d'accord: une épidémie a changé la population en zombies qui veulent dévorer les rares êtres humains survivants. Antoine Verney est un survivant par hasard. Il n'a rien d'un héros. Il se retrouve à la fois prisonnier et protégé dans un immeuble parisien... Du haut de sa tour, Antoine apprend à survivre et à se confronter à la terreur... C'est un double combat qu'il va devoir mener, pour s'inventer une nouvelle vie et ne pas sombrer dans la folie. 

C'est un roman aux émotions tellement justes sur la perte, la peur, l'apprivoisement de la solitude, l'instinct de survie et l'adaptabilité dont l'humain sait faire preuve.
C'est aussi et surtout une alléGOR(E)ie de notre monde qui tombe, déborde et devient laid. 
A l'image de cet homme sur la couv, inspiré d'images de la tragédie du World Trade Center (me semble-t-il).

C'est la chute, le cheminement d'un homme dans la catastrophe, la terreur, la panique, la tristesse, le manque des autres, de ceux qu'il aimait et même ceux qu'il n'aimait pas.
Le ressentiment envers les hommes qui n'ont pas su préserver la Terre de leur folie, la bêtise du "toujours plus", et la nature qui reprend ses droits sur la ville, les plantes, les oiseaux que nous ne regardons plus ou si peu, et dont le héros fait ses nouveaux compagnons...

C'est aussi l'histoire d'un homme qui se retrouve horriblement avec un poids en moins, le positif dans le négatif que l'on finit toujours par entrevoir (parce que, finalement, une fois que le pire est arrivé... on ne le craint plus...), puis une sorte d'apaisement...
Et l'attachement à ses bourreaux, qui sont finalement sa seule compagnie.
Un homme qui se bat pour sa survie, ironique compte tenu de la situation qui semble désespérée, mais l'espoir est tenace, même enfoui. Cette envie, cette rage de préserver encore un peu la vie, la civilisation en nettoyant rangeant l'appartement dans lequel il est retranché... de soigner son apparence, au nez de ces monstres/envahisseurs totalement déshumanisés, qui exacerbent son sentiment d'être vivant en étant devenu leur proie.

Un roman qui prend à la gorge par son discours tellement vrai, sur les abus, sur la solitude qui se ressent physiquement tellement elle est dense, la colère et la lutte quotidienne qu'il faut mener... mais aussi par son ode au temps présent et au "bonheur de l''instant". Et l'écriture comme exhutoire.


"Ce ne sont pas seulement des démons. Ce sont mes démons, et ils m'obsèdent. Je suis terrifié par la place qu'ils prennent dans ma tête.
Personne ne viendra me sauver, personne ne viendra me consoler, personne ne m'entendra crier. Je suis perdu dans le vide et le froid de l'espace. Il n'y a pas d'échappatoire. Me faire dévorer, ce serait exister. C'est une idée séduisante que je repousse de toute mon âme. L'instinct de survie palpite encore en moi. Les fleurs et les plantes me donnent des forces dans ce combat. Nous sommes semblables: moi aussi je pousse. L'air entre en moi et ressort de mon corps. Je suis le lieu d'une métabolisation. Penser que je suis une plante me sauve de mes pensées d'être humain angoissé."  



Je voudrais conclure en partageant le lien vers le carnet de genèse du roman, dans lequel j'ai croisé des phrases sublimes:

http://extranet.editis.com/it-yonixweb/images/RL/art/doc/d/d754fd251631333436343236343337333034333131.pdf