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La Disparition avait vu Perec se passer du "e"...
Dans La rue des silences Olivier Darrioumerle se passe également d'une lettre dans les 271 pages qui composent son roman et ceci sans que cela ne lui porte préjudice.
Franchement fort.

Olivier Darrioumerle nous offre une immersion tête la première dans l'Italie de la Camorra, la mythique mafia Napolitaine, et dans la misère des quartiers pauvres et délaissés de cette ville vivant en suspens, sous la menace permanente du Vesuve.

Ces quartiers à l'héritage lourd, sans loi sauf celle qu'ils se sont créées, avec leur propre mécanisme économique.
Ces quartiers dans lesquels évolue Roméo/Ragondin/L'Orphelin, un personnage au triple nom qui voudrait se trouver et juste devenir quelqu'un de respecté, aimé. 
Ce personnage dont le vide laissé par ses parents, un père "quasi" inconnu, et une mère morte trop tôt d'une "maladie honteuse", le voit plein de manques qu'il va essayer de colmater comme il peut. Et plutôt mal. 

Sans morale, ivre de sentiments, Ragondin rampe, survit, joue à la comedia del'arte... lutte, espère, jusqu'à la dernière page, saisissante.
On l'accompagne dans ces rues pleines de vie, dans ce quotidien fait d'agitation, de secrets, de désordre et de menace permanente car la loyauté y est changeante, les morts routinières, le silence imposé face à l'emprise de la Camorra, gangrène sans fin.
Des personnages hauts en couleurs règnent sur ces pages, des dealers, des gangs, des parrains, des filles "faciles" et un peu perdues, un clochard philosophe attachant... et une vieille que la colère rend pétomane...

Un dépaysement total que ce parcours initiatique dans une ville où l'auteur a étudié et qui paraît l'avoir grandement marqué pour qu'il nous offre une telle profusion d'odeurs, de poésie, de trouble et de violence.


Et j'applaudis d'autant plus Olivier Darrioumerle que je viens d'écrire cette chronique avec difficulté, me passant de la même lettre que lui... :-)

"... avait-il eu le luxe, ne serait-ce qu'un jour, de choisir sa vie? Ces plaques d'égoûts qui tapissaient son monde, il ne les voulait pas. Ces poteaux de fer qui le rappelaient à l'ordre. Ces fleuves de goudron qui ensevelissaient les siècles devant lui. Il ne les voulait pas. Sur les dalles de laves, des excréments, des vieux crachats séchés, et des milliers de mégots. Des panneaux qui lui indiquaient la voie de son destin. Voilà, à ras du sol, le merdier qui constituait son présent permanent."