La Survivance

Bien...!
Je vous le dis tout de suite, je crois que je suis peut être un peu passée à côté de ce roman.
Pourtant, j'ai lu de bonnes critiques. Et je les comprends. Parce qu'il y a de magnifiques choses dedans.
Mais j'ai été hermétique à une partie de l'histoire.

L'histoire? >>
Jenny et Sils sont contraints par la dureté des temps de rendre les clefs de leur librairie et de leur domicile. Ils vont chercher refuge dans une maison perdue, en ruines, perchée dans la montagne.
Avec leurs cartons de livres, une ânesse et une chienne, il leur faut s'acclimater à cette nouvelle existence : survivre aux intempéries, tels des Robinson Crusoé du XXIème
 siècle exclus de la société matérialiste. Dans cet âpre combat, la redécouverte des corps, l'apprentissage de l'isolement et la puissance de la littérature leur feront-ils découvrir une nouvelle manière d'être au monde?

La Survivance c'est le récit d'un échec tel qu'on peut tous le vivre, de la chute tellement rapide et de la survie qui en résulte.
Une survie rude, décrite par une écriture austère et poétique.

Rude comme l'hiver que les personnages affrontent, après avoir traversé les saisons et redécouvert le retour à la terre, en plein coeur de ce nulle part, horriblement seuls, 40 ans après avoir vécu la même expérience. Une expérience qui se voudra totalement différente, physiquement, et mentalement, dans un renoncement qui serre le coeur.
Car après avoir tout perdu, et admettre cette dépossession de quasiment tout, les voici, entourés de leurs livres (dont la lecture les sauvera de la démence) et leurs animaux, réfugiés dans cette maison en pleine montagne, qu'ils n'ont même pas le droit d'habiter bien qu'elle leur appartienne, à devoir se cacher, s'effacer, se voir disparaître.  
J'ai vraiment été saisie par ce peu de chose que nous sommes... et par le froid de cet hiver qui les attaque, il m'a pénétrée, tout comme leur isolement, leurs peurs à la limite de la folie, mêlées de cette fierté de ne pas capituler devant l'évidence de la difficulté et de leur âge avancé. 

Il y a énormément de références littéraires, artistiques et historiques dans ce roman, certaines que je ne mâitrisais pas, et je me suis parfois sentie un peu perdue...

Enfin, personnage onmiprésent, la nature, la montagne, avec ses habitants, ses richesses, mais aussi sa dureté tout y est décrit avec un réalisme qui force l'admiration (Claudie Hunzinger vit à la montagne, et ça se voit). 
Et c'est là que parfois j'ai aussi eu des difficultés, le côté nature à affronter m'a intéressée, mais il y a un côté un peu trop "animalier", avec des détails poussés sur les cerfs qui m'ont lassée.

Mais parfois, au détour d'une page, des uppercuts:

"Au cours de l'été, j'ai changé.
Je ne me plongeais plus dans les grands miroirs d'autrefois, avançant, reculant, n'en ayant emporté qu'un tout petit seulement. Mais dans ce tout petit, à mon arrivée, je n'osais pas croiser mon regard. Je m'évitais. Et voilà que je m'y regardais à nouveau, sans me dire que les meilleurs jours étaient passés. J'en étais même venue à me dire qu'ils étaient peut être là."

"Et je me disais quelle paix. Adieu les histoires d'amour, les affres, les pleurs, adieu les saisons de la foudre, printemps et automne, où le chaud et le froid, l'eau et le feu, se combattent, antagonistes, inconciliables, en tempêtes magnifiques. Tu es très bien comme ça, sans sexe et sans Schweppes. Le monde, tu ne l'as jamais vu aussi précisément. Il se montre enfin à toi."