dernier_des_notres

« La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue… » Cette jeune femme qui descend l’escalier d’un restaurant de Manhattan, élégante, rieuse, assurée, c’est Rebecca Lynch. Werner Zilch, qui l’observe, ne sait pas encore que la jeune artiste est aussi une richissime héritière. Werner n’a pour lui que ses yeux bleus délavés. Son nom étrange. Et une énergie folle : enfant adopté par un couple de la classe moyenne, il rêve de conquérir New-York avec son ami Marcus.

Werner poursuit Rebecca, se donne à elle, la prend : leur amour fou les conduit dans la ville en pleine effervescence au temps de Warhol, Patti Smith et Bob Dylan… Jusqu’au jour où Werner est présenté à la mère de Rebecca, Judith, qui s’effondre en le voyant...

Le dernier des nôtres a été une de mes belles surprises de la sélection de 7 livres reçus pour "mon" jury (mois de Novembre) du prix des lectrices ELLE.
Normal, il contenait tous les ingrédients pour que je passe un excellent moment de lecture estivale: une belle histoire sentimentale entre deux êtres séducteurs dans les années 70, sur un fond historique plutôt méconnu, à savoir l’opération Paperclip: l’exfiltration de scientifiques nazis aux Etats-Unis à la fin de la seconde guerre mondiale.
Qu’est ce qui lie ces deux périodes? Notre héros, Werner Zilch, personnage tourmenté et charismatique (et drôle), riche homme d’affaires en devenir à l’époque des 30 glorieuses, dont la vie de patachon va basculer en croisant le chemin (et la voiture…) de Rebecca...

Le dernier des nôtres oscille avec brio entre plusieurs époques et thèmes, malgré une dernière partie qui s'essouffle un peu.
Dans un style fluide et scénaristique 
Adélaïde de Clermont Tonnerre nous raconte une histoire romanesque dont on tourne les pages sans s'en apercevoir, entre passion, identité/origines, folie, éthique, passé culpabilité et réparation... 

Et même si la construction et les thèmes peuvent sembler "classiques" et usent parfois de quelques grosses ficelles (et que je "n'approuve" pas trop la phrase d'accroche sur la couv'), croyez-moi, ça marche! On s’attache aux personnages, à Werner et Rebecca bien sûr mais aussi aux personnages secondaires, le meilleur ami et la soeur de Werner notamment, on est totalement transporté dans l’ambiance et le décor, si bien que l’on arrive au bout de ces 488 pages en en voulant encore (et en lui prédisant un beau parcours au sein du prix des lectrices ELLE (mais je peux me tromper)).

"Je l’observais avec une telle attention qu’alertée par un instinct animal, elle croisa mon regard et s’immobilisa une fraction de seconde. Dès qu’elle tourna ses yeux insolents vers moi, je sus que cette fille me plaisait plus que toutes celles que j’avais pu connaître ou simplement désirer. J’eus l’impression qu’une lave coulait en moi, mais la jeune femme ne sembla pas troublée, ou, si elle le fut, mon étincelante créature avait suffisamment de retenue pour ne pas le montrer. Le type au blazer s’agaça de l’intérêt que je lui portais. Il me dévisagea d’un air irrité. Instantanément, mon corps se tendit. J’étais prêt à me battre. Il n’avait rien à faire dans ce restaurant. Il ne méritait pas cette déesse. Je voulais qu’il me la laisse et qu’il foute le camp. Je lui adressai un sourire narquois, espérant qu’il viendrait me provoquer, mais Ernie était un pleutre. Il détourna les yeux. Ma beauté fit une volte-face gracieuse lorsque le serveur, aussi ébloui que moi, lui indiqua leur table. Il écartait les chaises sur son passage, tandis qu’elle avançait, tête légèrement baissée, avec cet air modeste des filles qui se savent admirées."

L'auteur(e) >> Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, est journaliste et romancière. Son premier ouvrage, Fourrure (Stock), a été récompensé par cinq prix littéraires, dont le Prix Maison de la Presse et le Prix Sagan. Il était également finaliste du Goncourt du premier roman. 
Adélaïde de Clermont-Tonnerre est la lauréate du premier prix "Filigranes" pour "Le dernier des nôtres" (Grasset).  Le prix été créé par Marc Filipson, responsable des librairies belges Filigranes veut couronner à chaque rentrée de septembre “le livre qui plaira à tout le monde, qui s’adresse à tous les publics".