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Je ne vais pas vous faire le coup du "perso" à chaque billet (quoique, si on y pense...) mais aujourd'hui est une date symbolique pour mon corps et moi-même. 
Alors, je me suis donc dit que ce serait "bien" (pour moi) de faire coincider ce billet avec cet "anniversaire" déjà "un peu éloigné" et pourtant toujours ultra-présent-permanent. 
Parce que c'est exactement de cela dont parle Brigitte Giraud dans ce roman, et je suis toujours assez impressionnée lorsque des lectures tombent à point parfaitement nommé... 

Bien, je vous le dis d'entrée de billet, pas de suspens: Avoir un corps a été un véritable coup de poing au coeur.

Ce lien tendu entre le corps et l'esprit, leur "cohabitation", la répercussion de l'un sur l'autre.
Le contact du corps des autres, l'apprentissage du désir, l'initiation à la chair de poule, les peaux qui se rencontrent, s'appellent... les frissons au contact de l'autre ou de son enfant.
Avoir un corps c'est avoir un trésor, sans véritable conscience de sa valeur. 
C'est ressentir, découvrir cette enveloppe. Devenir femme, maman. Grandir. Garder le cap et se laisser surprendre par ses propres capacités.
Apprendre l'équilibre, les sentiments, les odeurs, dompter les sensations, le coeur qui s'affole, se serre, explose, les pieds légers ou de plomb...
Porter en soi, sur soi, ces traces d'impacts reçus au fil du temps, au cours de cette balade hasardeuse qu'est la vie.


Brigitte Giraud saisit avec douceur, ces moments de vie, tatoués au fil des ans dans le corps d'une femme, son 
cheminement, ses cicatrices, entre les premières et les dernières fois, les découvertes, les maladies, les fracas, la grossesse, le deuil, la présence sans corps, la douleur pudique... tout ce qui sublime, fait valdinguer ou se recroqueviller nos corps et mène petit à petit vers la fierté, la résilience, la reconnection, l'acceptation de soi, de son chemin.
Brigitte Giraud partage avec grâce ces pas qui trébuchent mais qui avancent.

Un très très beau livre à lire, à relire, à transmettre...
Qui nous dit que malgré les douleurs, 
une fatigue incommensurable, un visage assombri, lacéré par les échecs, ou marqué par les rires, un dos courbé, squelette rompu par les épreuves ou usé à force de s'incliner devant son enfant, arrive toujours un moment où vos pieds fourmillent de cette furieuse envie d'esquisser un pas de danse. 

"J'accepte d'avoir à nouveau une présence, une épaisseur, un corps qui n'est pas fait que de lignes brisées, qui évite les pierres sur le chemin, qui transpire en haut du col (...) comme si j'étais faite de couches, de strates superposées issues de tous les âges. qui tiennent ensemble, solidaires, qui communiquent. Je sens comme cohabitent le petit animal en short de l'enfance qui escalade le toboggan, la gymnaste marchant sur la poutre, l'adolescente qui danse sur Imagine, l'amoureuse qui monte derrière la moto, la libraire en équilibre sur un escabeau, la mère qui maintient Yoto sur sa hanche. Je marche sur le sentier et cette sensation devient concrète, je suis faite de tous ces pièces, comme si mon corps était une maison où vivent ensemble le vif de l'existence, fait de désirs, de force et de pulsations, mais aussi l'absence. Tous ces corps de fille habitent sous le même toit et tissent une mémoire serrée. Je suis ici mais aussi là."

NB: L'idée d'écrire ce roman hyper travaillé, chorégraphié comme un ballet, est venue à Brigitte Giraud à la suite d'échanges avec la chorégraphe Bernadette Gaillard, (de la Compagnie Immanence), il en a résulté une "lecture dansée" intitulée "BG/BG Parce que je suis une fille", initiée par le grand R-scène nationale de la Roche-sur-Yon, pendant la saison 2011/2012. Je ne vous cache pas que j'aurais adoré pouvoir assister à cette représentation...
ET voici que je découvre qu'une lecture-concert intimiste nommée Ping Pong fait se rencontrer les textes de Brigitte Giraud et la musique d'Albin de la Simone le 10/01/14 au 104 à Paris...

Ce roman se trouvait dans ma pile à lire, mais je l'ai également lu dans le cadre du comité de lecture de la médiathèque de Saint Quentin en Yvelines.