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Émilie est enceinte de son deuxième enfant. Marius aura deux ans quand il (c'est un garçon !) naîtra. Deux ans, c'est l'écart idéal, lui dit-on. Elle n'en sait rien, mais elle s'en fout pas mal. Elle se confie à un journal depuis l'instant où elle découvre le trait bleu sur le test de grossesse. Avec une sincérité sidérante, elle partage tout, les anecdotes du quotidien, " son amoureux " le beau F., ses ami(e)s, ses amours passés et présents, Marius, joueur-compulsif qui babille ses premiers mots... Mais c'est surtout l'émouvante rencontre avec " la petite prune " qui grandit jour après jour dans ce ventre qui lentement s'arrondit et s'alourdit jusqu'à faire disparaître son nombril. La narratrice a mille vies, elle est écrivain, modèle, visiteuse de prison, thésarde, hyperactive, maman, aime le sexe, les voyages, les cactus et les gâteaux aux amandes.

J'aime beaucoup Emilie de Turckheim, ses romans, son style, son naturel, sa franchise.
Dans ce journal de grossesse (qui n'était à l'origine pas voué à être édité), elle décrit, entre humour et (hyper) sensibilité cet état qui transforme tout, change le regard que l'on porte sur soi, et que les autres portent sur nous, fait ressentir une certaine solitude (comme celle de ce cactus d'appartement en couv...), une vulnérabilité qui rend encore plus sensible au monde, la valse des hormones entre nausées et moments de grâce. 

Alors, comme toute 
autofiction, elle pourrait paraître impudique, mais je l'ai lue comme une chronique tout aussi personnelle qu'universelle. Car, oui, ponctuée de ses expériences d'auteur(e), de visiteuse de prison, de modèle, d'amie sincère, et saupoudrée de souvenirs d'enfance/de jeunesse voire amoureux comme des images qui surgissent dans le rétro... Mais aussi faite de confessions, d'émerveillements, de doutes, que toute maman-future-maman a vécus (des nausées, à l'échographie, en passant par le quotidien d'une "déjà maman", les recherches sur internet, les examens lourds, et l'avis (jamais demandé...) des autres!).

On se retrouve à attendre cet enfant avec elle dans ce livre entre douceur, nostalgie, rire, émotion, sincérité sensualité (et sans tabous), où ça résonne, ça pique, ça vit, ça valse, jusqu'à la "détonation amoureuse" qui fermera délicatement la porte.

"4 février
Je sens un point précis, point de côté, à l'endroit du coeur, sous mon sein gauche. Le bébé presse. Il y a de la bagarre dans l'air. Mes intestins jouent des coudes. L'estomac a la joue plaquée contre mon foie. Le bébé sort vainqueur de l'échaffourée et gueule: "Place à la jeunesse!" Je suis un wagon bondé. Je ressens le coup de chaud et les brusques suées des heures de pointe. Même mon nombril n'a plus la place de faire son trou. Disparu." 

La disparition du nombril a reçu, début juin 2015, le 53ème prix Roger Nimier (Créé en 1962, le prix Roger Nimier récompense chaque année un auteur dont l'esprit et l'oeuvre s'inscrivent dans la tradition du mouvement littéraire des Hussards, dont Nimier était le chef de file. Uniquement masculin, le jury 2015, présidé par Jean-Marie Rouart, comprenait notamment Michel Déon, Erik Orsenna, Eric Neuhoff, Florian Zeller, Patrick Poivre d'Arvor et Philippe Tesson.)

L'auteur(e) >> Emilie de Turckheim vit et écrit à Paris. Elle publie à vingt-quatre ans Les Amants terrestres. 
Ancienne étudiante en doctorat de sociologie à Sciences Po, elle est visiteur de prison à la maison d’arrêt de Fresnes et modèle vivant pour des artistes peintres et sculpteurs. Son expérience de visiteur à la prison de Fresnes lui inspire en 2008 Les Pendus. 
En 2009, elle reçoit le prix de la Vocation pour Chute Libre, son deuxième roman. En 2010 elle publie Le Joli mois de mai. Et reçoit 
en 2012, le Prix Bel Ami pour Héloïse est chauve. En 2013 sort Une Sainte; La disparition du nombril en 2014, aux éditions Héloïse d'Ormesson.

Mon billet sur son dernier roman à date, Une Sainte, ici.