loups blessés

Ce sont deux loups blessés. L’un par une vie de braquages, d’extorsions, d’années passées en prison : Matteo Astolfi, un criminel de haut rang. L’autre par son métier, la pression de sa hiérarchie, les trahisons de ses indics : Renan Pessac, commissaire à Paris. Leurs deux destins vont se percuter. De braquages en filatures, ils vont se chercher, se traquer. Chercher tous deux à échapper à leur destin, pour connaître l’impossible rédemption. Jusqu’au grand chaos.

Des braquages de fourgons qui tournent mal (et permettent de souligner les dangereuses conditions de travail des convoyeurs de fonds...), une enquête qui piétine, des frères soudés, une prostituée-indic et un commissaire solitaire fatigué, voici, en partie, les ingrédients de ce polar classique mais efficace, écrit par le chef de la Brigade de recherche et d'intervention à Paris. 

Evidemment, un homme comme Christophe Molmy, qui, au quotidien, nage dans le grand bain du grand banditisme et du terrorisme, a traversé de nombreuses situations dangereuses (il a notamment participé à l'assaut de l'Hyper Casher du 9/01...).
il apparaît donc rapidement assez évident qu'il maîtrise toutes les ficelles, connaît (et nous fait découvrir) les coulisses, maîtrise le jargon policier tout comme celui de banlieue.

Bref, lorsqu'on le lit, on sent un réalisme manifeste issu d'un certain vécu (comme avec l'excellent Olivier Norek), notamment sur les difficultés à diriger un service entre ses subordonnés (+ses indics) et les incompréhensions de ses supérieurs. 
Dans Les loups blessés, son premier roman, Christophe Molmy parvient à nous dévoiler (voire détailler) plusieurs univers, faits d'adrénaline: fuites, filatures, planques, feintes et affrontements.
Il maintient une véritable tension dans un traditionnel (souffrant peut-être de quelques longueurs) jeu du chat et de la souris, finalement pas si binaire que cela. Pas mal!

Avec ce titre, les éditions de La Martinière lancent audacieusement leur collection de romans policiers, une aventure à suivre!

"Tout n’était que laideur. Cette bâtisse ressemblait à son monde, finalement, et tout était sa faute. Ses jambes faiblirent et il glissa lentement au sol. Il serra les dents pour ne pas se mettre à hurler. Son organisme ne secrétait plus d’endorphine, une souffrance atroce lui déchirait les entrailles à chaque respiration. La peau de ses mains avait pris une teinte blafarde qui l’effrayait. Prudemment, il glissa une main sous son teeshirt pour chercher la plaie du bout des doigts, mais la douleur le secoua de tremblements. Un goût métallique et salé inonda sa bouche, il cracha un peu de sang, considérant, vaguement hébété, la tâche brune qu’il venait de lâcher sur les carreaux de ciment défraîchis. Ses jambes étaient engourdies par l’humidité qui montait du sol. Quand tous ses membres furent paralysés par le froid, il cessa de lutter et se sentit flotter jusqu’à ce que la lumière s’éteigne. Plongé dans le noir, plus rien ne pouvait l’empêcher de se laisser couler. La pièce se mit à tourner autour de lui et il s’évanouit, enfin. Lorsqu’il reprit connaissance, le mur jaune pisseux était toujours là, en face de lui. Rien n’avait changé, ni ici ni dehors, et il sut qu’il allait devoir faire un choix. Il pouvait encore se battre, lutter pour se remettre debout et s’enfuir. Ou bien abandonner et mourir ici."

L'auteur >> Christophe Molmy est chef de la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI), dite aussi Brigade de l’antigang, à Paris. Spécialiste du grand banditisme, Il a commencé sa carrière dans la Police Judiciaire à Marseille, et a longtemps travaillé à l'Office Central pour la Répression de Banditisme (OCRB). Il a 45 ans et c’est son premier roman.