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Lire ce livre quand on est au régime c'est un peu comme regarder Un Dîner presque parfait ou Top Chef/Master Chef/les émissions de Christophe Michalak etc, sans pouvoir se venger dans la foulée.... :-)
Il suinte d'odeurs, de saveurs inconnues, de parfums exotiques.

L'histoire: Rinco, une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d'un chagrin d'amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l'art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière. 
Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur en réveillant leurs émotions enfouies.

Quelques passages m'ont fait penser à Man, de Kim Thuy, mais avec quand même moins de poésie, mais une réelle passion pour la cuisine qui devient un art, voire, à ce stade, une raison de vivre!

Shokudô katatsumuri, titre original du roman, qui veut dire "le restaurant l'Escargot" (ce que je préfère au titre français, entre nous...), est un premier roman d'un auteur jeunesse, et parolier. Il a été un best seller au Japon à sa sortie et a été adapté au cinéma (trailer du film, sorti en 2010: http://www.nipponcinema.com/trailers/rincos-restaurant-trailer).

Il y a effectivement tous les ingrédients (...) du roman à succès.
Des destins de femmes qui ont du mal à se comprendre faute de communication, la déception sentimentale, l'amitié, l'entraide, la reconquête de soi, l'art de la culino-thérapie autant pour soi même que pour les clients...
Bon, moi pour qui cuisiner veut surtout dire mettre un truc à réchauffer au micro ondes, j'avoue que ça m'a au début laissée un peu perplexe mais au final, m'a fait réfléchir et (presque) donné envie de me mettre aux fourneaux (certaines recettes mettent franchement l'eau à la bouche!). 
Cela m'a rappelé Refaire le monde, de Julia Glass, ou L'école des saveurs d'Erica Bauermeister, ces romans qui mettent les sens en éveil.

Un livre plutôt touchant, mais qui, je dois le dire, ne me laissera peut être pas une marque indélébile car j'ai très peu partagé les émotions de l'héroïne dont certaines réactions/attitudes m'ont laissée perplexe, mais c'est sûrement à cause de mon côté méditerannéen :-).
C'est une traversée "zen"/silencieuse d'une tempête, la réponse à un choc, un changement radical qui s'impose de lui même.
Une vision respectueuse des aliments (et animaux) (avec l'accent mis sur l'importance de la connaissance de leur provenance, mais sans discours énervé à la JP Coffe)... une ode à la nature, une invitation à contempler, à vivre les instants, ralentir, et à ne pas manger que pour se nourrir mais prendre le temps de le faire avec plaisir.

"Le simple fait de remettre sur ses pattes un cloporte coincé sur le dos était pour moi une joyeuse rencontre. La chaleur d'un oeuf fraîchement pondu contre ma joue, une goutte d'eau plus belle qu'un diamant sur les feuilles mouillées de rosée, une dame voilée cueillie à l'orée d'un bosquet de bambous, son superbe capuchon pareil à un dessous de verre en dentelle flottant dans mon bol de soupe de miso... la moindre petite chose me donnait envie de déposer un baiser sur la joue du Bon Dieu."

Livre lu dans le cadre du comité de lecture de la médiathèque de Saint Quentin en Yvelines