malheur chance

Il est là. Face à une des stèles de la division 74 du Père-Lachaise. Il observe le nom de celle qui l'a tant aimé. Celle qu'il a tant aimée.
Un an tout juste qu'elle a disparu. Un an que lui non plus ne respire plus, ne vit plus, guettant le signe qu'elle lui a promis sur son lit de mort. Un an sans que le temps ne parvienne à tempérer la tristesse de cet homme au coeur en berne. La tristesse de cet enfant qui a perdu sa mère, la femme parmi toutes les femmes.
Puis un jour un frémissement. Du bruit autour de la tombe, régulièrement. Augustin se sent épié, suivi. Ses amis un brin moqueurs le croient fou, fatigué et lui ordonnent le retour à la vie. Car les souvenirs, la nostalgie qu'affectionnent tant Augustin, comme des palliatifs à cette insoutenable absence, sont-ils la clef pour la vie à retrouver?

J'avais parlé il y a près de deux ans, dun premier roman de Renaud Santa Maria, La Mort est une Nuit sans Lune, qui m'avait conquise (et avant cela, Le Coeur en Berne, recueil de nouvelles). 
Vous imaginez donc mon enthousiaste curiosité lorsque j'ai appris la sortie du Malheur sera ta chance, dans lequel on retrouve sa plume mélancolique et ardente.
Quand j'y songe d'ailleurs, ces deux romans ont un même point névralgique: la mue... celle provoquée par la perte d'une personne.
Une perte qui fait flancher, mais rapproche encore plus de soi-même, après un long parcours angoissant, sans (plus de) guide, mais avec des mains tendues et un bel héritage spirituel auxquels s'amarrer.

Augustin (dans lequel on retrouve beaucoup de l'auteur), en perdant sa mère, Palma, perd son centre de gravité, la maladie l'a injustement emportée, il passe des heures sur sa tombe au Père Lachaise, attendant un signe de sa part, cherchant son équilibre disparu en même temps qu'elle. Il se laisse glisser, se souvient, se renferme, fane...
Comment survivre et apprivoiser la peine, le manque, et se redresser, quand la personne qui vous donne habituellement de l'élan, n'est plus? 

Le malheur sera ta chance est un roman à la langue élégante, recherchée, passionnée, poétique, rimbaldienne, où l'amour et la vie exsudent à chacune des pages de ce chemin vers la lumière.
Car outre le "processus" de deuil et l'hommage émouvant d'un fils empli d'amour et d'admiration pour une femme exceptionnelle; c'est à un rendez-vous, une promesse et à une libération que l'on assiste, celle 
de l'esprit d'Augustin, comme de celui de Palma.
Pour qu'enfin le désespoir cède la place à une insolite et délicate renaissance... et que la foi en la vie gagne.

"... sans l'ombre d'un doute désormais, il constatait combien elle survivait au travers de lui. Plus présente que jamais. Et l'on n'abandonne pas quelqu'un qui vit en soi."

L'auteur >> Né en 1972 au Sénégal, Renaud Santa Maria est journaliste et écrivain. Après Le Cœur en berne et La mort est une nuit sans lune (Stéphane Million éditeur, 2010/2012), Le malheur sera ta chance est son deuxième roman.

Les éditions Belfond : http://www.belfond.fr/site/page_accueil_site_editions_belfond_&1.html