Grace à ce roman, j'ai découvert ce poème, d'où est tiré le titre, que je trouve vraiment très beau:

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Le vase où meurt cette verveine
D'un coup d'éventail fut fêlé ;
Le coup dut l'effleurer à peine :
Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D'une marche invisible et sûre,
En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s'est épuisé ;
Personne encore ne s'en doute,
N'y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu'on aime,
Effleurant le cœur, le meurtrit ;
Puis le cœur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n'y touchez pas.

(Sully Prudhomme, Stances et PoèmesLe Vase brisé)

Ce poème nous immerge parfaitement dans l'ambiance de ce roman surprenant, fort, et poétique.
Et apporte toute la symbolique de cette verveine, présente comme un "fil rouge" tout au long de cette histoire.

L'histoire? >>
Parce que leurs enfants ne peuvent les héberger ensemble lorsque Zika doit aller se faire soigner le cœur, Joseph et elle se retrouvent séparés après plus de cinquante-six années de vie commune. Lui est accueilli chez leur fils Gauthier à Montfort, elle chez leur fille Isabelle à Paris. Commence alors entre eux une relation épistolaire qui voit s’éloigner la perspective de leurs retrouvailles et se déliter leur univers. En se rebellant contre cette séparation forcée, Zika et Joseph découvrent la face cachée de leurs enfants et leurs propres zones d’ombre. Jusqu’au drame final, où ils devront affronter le désastre humain qu’ils ont engendré.

Si l'on se met à la place de ce couple de septuagénaires, ce que j'ai fait, on se retrouve dans leurs lettres (même si de nos jours les emails et les tél portables ne leur laissent plus beaucoup de place, mais justement, le fait qu'ils s'échangent des lettres rend cette histoire intemporelle et "commune", à mes yeux). On partage donc leur histoire, leur passé, leurs coups de blues, leurs éclats, leur manque l'un de l'autre et leur souffrance, tellement unique (et précieuse/exemplaire), touchante, presque enfantine.

Les enfants, tiens...
Quel genre d'enfant devient-on lorsque l'on croit que les rôles s'inversent?
Quel genre de droits s'octroie-t-on impunément? Essaye-t-on de préserver nos parents, de les dominer?
Et quel genre de parent devient on lorsque nos enfants nous infantilisent, nous "enferment"?
Comment s'adapte-t-on à une vie que l'on a pas choisie et à une ville/un environnement que l'on déteste (Paris et ses habitants parfois brusques s'en prenant un petit coup derrière la tête ;-)).
De quoi sommes nous capables, lorsque l'on perd nos repères, notre moitié, nos illusions?
Jusqu'où vont les non dits?
Qu'est ce qui fait surgir un drame, un geste fou? Le "coup d'éventail"?
J'ai lu dans quelques commentaires que certains auraient aimé savoir quel était le passé de cette famille, pour comprendre... Il ne me semble pas que cela soit nécessaire. Cela rend cette famille universelle. Elle pourrait être la votre, la mienne, celle des voisins...

Et enfin, la question finale (à mes yeux), connait-on jamais vraiment la personne que l'on a aimée pendant tant d'années?

"Certains évènements sont au delà du pardon ou de la compréhension,
ils prennent racine dans des choses humaines trop lourdes pour être nommées. 

J'ai fini par admettre qu'on doit juste y consentir." (...)