max

Max a un poisson rouge! C’est sa récompense : à l’école, il a reçu un prix d’excellence. Max a aussi une étoile jaune sur la poitrine. Il la trouve jolie, mais ses camarades se moquent de lui et disent qu’elle sent mauvais. Il ne comprend pas pourquoi. Comme il ne comprend pas cette histoire de « rafle » dont parlent ses parents. Ils disent qu’elle aura lieu demain, mais c’est impossible : demain, c’est son anniversaire ! Il sait déjà que sa sœur lui a fait un cadre en pâte à sel et il espère que ses parents lui offriront un second poisson…

Ce petit roman devait faire l'objet d'une lecture commune avec mon ado (Miss M.) de 15 ans, qui l'a lu puis a dû travailler encore plus pour le collège, Brevet oblige... Bref, la LC attendait que nous arrivions à nous poser, elle et moi, autour du bureau...
Ensuite, mon moyen, de 7 ans (mais il est écrit "à partir de 9 ans" sur la 4ème de couv, ce qui me semble parfait en effet), a voulu se lancer, 
heureux de savoir enfin lire "couramment", et ravi de son expérience de LC précédente (http://blablablamia.canalblog.com/archives/2014/11/12/30943397.html...). 
Bien, donc, cela nous a pris du temps (mais, nous n'étions pas pressés), il appréciait cette lecture, nos échanges et les explications que je lui apportais (en partie grâce aux parties "chronologie" et "pour mieux comprendre" qui se trouvent en fin de livre), mais j'ai finalement lu les dernières pages toute seule, en ayant quand même ordre de lui raconter la fin... 
Voici donc un condensé de trois ressentis vus de trois "hauteurs" différentes.

Du haut de mon ado, et de moi-même, cette courte histoire touche en plein coeur, car le ton, l'oeil de Sophie Adriansen, gardé à niveau d'enfant, plein d'innocence mais sans excès de naïveté, donne envie d'hurler sa peine et sa révolte face à l'horreur de ce qui s'est produit il y a tout juste 70 ans.
Miss M. a (
encore une fois) été choquée du fait qu'une "différence"/l'appartenance à une religion stigmatise et devienne quelque chose pouvant entraîner la mort, détruire des familles entières... et, évidemment, le fait de "voir" souffrir des enfants/d'imaginer que plus de 4000 enfants ont vécu la rafle du Vel' d'Hiv', à Paris, donc dans "son" pays, l'a mise hors d'elle (même si elle a bien conscience que des horreurs se produisent dans le monde entier et que la distance n'en réduit en rien la gravité).

Du haut de ses 7 ans, mon moyen est resté incrédule (mais pas "traumatisé", je vous rassure...), demandant si cela était vraiment arrivé (j'aurais tant aimé lui dire que non...)... et s'inquiétant du sort du poisson rouge de Max...
Sa question récurrente a été "mais, pourquoi?"... "qu'est-ce qu'ils avaient fait?", "c'est arrivé d'un coup?"... puis ses conclusions "parfois, ça arrive qu'on soit puni alors qu'on n'a rien fait, c'est super pas juste du tout", et "heureusement qu'il y a des gens courageux, aussi"...
(je vous épargne ses milliers de questions légitimes, ou plus fantasques, dont celle-ci: "mais ta copine, Sophie, qui a écrit le livre, elle a survécu alors?"...)

Ce n'est définitivement pas simple d'expliquer à ses enfants que l'homme est capable du meilleur comme du pire. Mais avec un support comme Max et les poissons, j'ai pu le faire en douceur.
Car en 90 pages fortes et délicates, durant lesquelles on traverse toute une palette d'émotions en compagnie de l'attachant Max, Sophie Adriansen aborde ce pan de l'histoire avec habileté, et, grâce à cette subtile retenue, le rend abordable par de jeunes enfants.
Elle porte humainement et dignement "la voix des enfants de juillet" (= de la rafle du Vel' d'Hiv'), voix qui, je l'espère, ne s'éteindra jamais.

Je ne peux terminer sans un mot sur la sublime couv et les quelques illustrations dans le livre, signées Tom Haugomat, dont je suis personnellement fan (son site: http://lespetitestruffes.blogspot.fr
 ).

"Est-ce qu'il y a des poissons juifs et d'autres pas juifs? Nous, on est juifs. C'est pour ça qu'on a des étoiles cousues à nos habits. Papa et maman me répètent qu'être juif, ce n'est pas avoir fait quelque chose de mal. Mais je n'arrive pas à les croire. 
J'ai l'impression que ce n'est pas bien, d'être juif maintenant."

L'auteur(e) >> Sophie Adriansen est l'auteur de plusieurs romans en littérature générale et jeunesse et de deux biographies. Elle a également cosigné des témoignages et été formée à l'écriture de scénario à la Fémis. Lectrice compulsive, elle contribue à pusieurs sites littéraires et tient depuis 2009 le Blog de lecture Sophielit.
Les éditions Nathan: http://www.nathan.fr