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Solitaire abhorrant le monde moderne, Philippe Pontagnier s’acharne à isoler ses enfants dans une maison où leur seul contact avec les humains est un certain Kuntz, homme étrange censé parfaire leur éducation. Lorsque les trois adolescents parviennent à s’échapper, ils ne connaissent guère du monde que ce que leur père et leur précepteur, ainsi que quelques livres bien choisis, leur en ont appris. Déambulant dans Paris, ils vont donc, chacun à leur manière, tâcher d’en déchiffrer les mœurs et de s’y faire une place. Une rencontre sera décisive : celle d’un certain Monsieur Mystère, magicien de son état, auprès duquel ils vont se prendre au jeu de la vie. Mais c’est sans compter sur la soif de vengeance du Père : l’ogre rôde, et le destin est tenace.

Pontagnier, suite à un traumatisme, rejette le monde moderne, pour éviter d'autres souffrances il s'enferme dans son domaine familial, dans une maison théâtrale/imposante et à la personnalité trouble.
Il décide tout de même de se reproduire et organise un casting de la future mère la choisissant selon des critères très personnels, "basiques", sexistes et sans sentiments qui débordent. Mais c'est à l'apparition des enfants issus de cette union que cette fable prend une autre tournure. 
Car si l'on peut faire des choix radicaux pour soi même, c'est autre chose que de les imposer à ses enfants... 
Education orientée, tentative de manipulation/intimidation/négation pour les tenir, croit-il, éloignés des dangers et de la perversion... 
Les "élèves" trouvent alors refuge dans la lecture, la musique, et entre eux, et pensent, en fuyant, avoir dépassé le maître...
A leur arrivée à Paris, leur choc face à son agitation, la surconsommation, et tout ce qui fait notre quotidien routinier, sont décrits avec recul et dérision, mais pas seulement. Il y a une vraie réflexion sur la surabondance de biens et de besoins que l'on se créé. 

Leur intégration, étonnée mais enjouée, dans ce monde, sous une nouvelle identité et un métier qui offre l'évasion... la difficulté des sentiments, l'emprise de du passé, et d'un père à la vengeance "divine", qui se pense être "possesseur", et non protecteur, de ses enfants (alors que les mères sont, elles, sacrificielles).
Tout ceci nous est conté dans une fable au ton décale, plein d'humour et de cynisme.

Je les ai tous trouvés plutôt "attachants", surtout ces enfants en manque de contacts et de repère, bien sûr, mais aussi (dans une certaine mesure) l'affreux père (jusqu'à un certain point...), disons que j'ai, au début, entendu c
ette crainte "du dehors" qui l'étreint et le fait se cloîtrer, cette envie d'isolement, poussée à l'extrême, le rapprochant d'un malsain rôle de gourou de secte.
Evidemment, les choix extrêmes ne peuvent entraîner que de dangereuses dérives...

François Blistène nous parle, dans une langue furieusement raffinée, de l'humain, de sa fragilité, du peu de choses que nous sommes, et de ce passé imposé avec lequel mieux vaut apprendre à composer, afin de ne pas le laisser nous assujettir voire détruire...


"Le ressentiment ressemble à la sérénité: il n'a ni temps ni heure, il évolue, indicible, léger, mais ne s'évapore pas; il s'incruste, tel l'arapède."


L'article signé de la main de l'éditeur, Marc Villemain: http://www.marcvillemain.com/archives/2014/03/20/29381243.html

L’auteur
: François Blistène est gaucher, vit à Paris, est âgé d’un demi-siècle environ et a publié son premier roman, Moi, ma vie, son œuvre, aux Éditions du Sonneur.