Ces deux titres se retrouvent dans le même billet car ce sont deux chouettes surprises.
J'avais croisé ces titres dans des magazines mais les avais oubliés (honte à moi), et puis voilà que lors d'une xième visite à ma médiathèque, je les ai reconnus, posés sur une étagère, ouh joie, ils étaient à moi! 

Autres points communs, moins personnels, ces livres hyper énergiques ne font qu'une centaine de pages, ils se lisent vite, et de la même manière, c'est à dire avec le sourire et tambours battants!

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UN CADEAU - Eliane GIRARD

Ce jour là, je me suis fait couler un bain, et me suis immergée avec bonheur dans ces 24 heures de descente aux Enfers (que j'imaginais bien sous forme de court métrage)

L'histoire >> Malgré son budget serré, Félicien veut offrir un somptueux cadeau à Laure pour ses trente ans. Mais, comme chaque fois, Félicien agit à la dernière minute. Une matinée de RTT devrait suffire pour trouver la veste dont rêve son amie. Aux Galeries, veste il y a, mais pas à la bonne taille. Dans les autres magasins, même rupture de stock. Plusieurs tentatives se soldent par un échec et Félicien commence à douter. Pourtant il doit absolument trouver quelque chose très vite. Soudain il la voit : la superbe, la splendide paire de bottes idéale. Lorsqu’il découvre le prix, il a subitement une bouffée de chaleur : 869,95 euros. Son loyer. De la folie. Ulcéré, il tourne alors dans tous les rayons, le temps passe, il doit aller à son boulot, les bottes inaccessibles sont fixées dans sa rétine…
On n’a pas tous les jours trente ans. Hypnotisé, il craque, il achète. Et regrette aussitôt. 

Toute la journée, Félicien n’aura qu’une obsession : l’argent, ce qu’il coûte, comment il file, à quoi il sert. Culpabilisé par son acte, il devient paranoïaque car son cadeau, avec son emballage siglé, le désigne aux autres comme étant aisé.

(NB-sans-gravité: J'espére que ma médiathèque avait une version "premier tirage" et que les erreurs d'impression ont été corrigées depuis car il y a tout de même la fin d'un paragraphe dont j'ai du imaginer le sens, même en le relisant trois fois.)

Un cadeau c'est normalement fait pour faire plaisir, à la personne qui reçoit et à la personne qui offre. 
Mais parfois un cadeau peut être empoisonné avant même de l'offrir.
Félicien cherche et trouve (car on trouve toujours) de bonnes raisons à un achat inconsidéré, puis, panique (car on panique toujours-souvent) devant une telle somme et ce qu'elle représente dans sa vie courante. 
Ou comment s'enfoncer dans une succession de quiproquos, de malchances, de suspicions, le tout provoqué par le malaise dont il dégouline. Une réflexion drôle et habile sur la société de (sur)consommation, mais aussi la vie pressée que l'on mène, et le fait que si l'on s'écoutait un peu l'un-l'autre et s'accordait plus de temps, on n'atteindrait peut être pas ces extrêmes...
Un plaidoyer sans prise de tête, avec une fin hilarante de cynisme comme j'aime!

"Lui il était atteint de procrastination domestique. Il lui était impossible de se mettre au ménage ou au rangement. Il repoussait toujours le moment de s'atteler aux obligations de sa vie personnelle. Les papiers s'accumulaient, le linge sale aussi, la vaisselle s'entassait, un robinet fuyait depuis des mois sans qu'il se décide à appeler un plombier. Ce qui n'avais jamais cessé de provoquer des séismes, des disputes inutiles avec Laure et plus généralement avec toutes les filles qui avaient partagé sa vie. une fois de plus, ce syndrome handicapant l'avait de nouveau projeté dans la catastrophe ce jour-là. s'il s'y était pris plus tôt pour acheter ce maudit cadeau, il ne se serait pas mis dans une telle situation."

 

9782264055699

LA COTE 400 - Sophie DIVRY

Franchement, qu'une bibliothècaire ait mis ce titre bien en vue sur une étagère, je trouve ça cocasse, et j'aimerais bien savoir "qui", pour aller discuter avec elle (ou lui)...

Dès le début on partage avec un homme ayant passé la nuit dans une bibliothèque, les humeurs de la bibliothécaire qui le retrouve dans son rayon géographie.
De la classification de Dewey, appliquée dans toutes les bibliothèques, ses cotes et ses aberrations (et la fameuse cote 400!), à Maupassant ou Balzac-cet-imposteur, en passant par Eugène-Morel-ce-héros, notre bibliothécaire s'emballe!
Et se dévoile sur sa carrière ratée, sa vie sentimentale, le public changeant selon les saisons, les romans-de-rentrée-nouveautés-parfois-ratés, la hiérarchie et sa transparence de bon-petit-soldat-au-sous-sol rongé d'amertume et de colère...

Un monologue enlevé, plein d'humour et touchant mais aussi instructif!
(que je vais bientôt offrir à nombre de personnes, désolée par avance :-))
(quant à moi, je n'irai plus jamais à ma médiathèque de la même manière!)

"... le lecteur vient, il s'assoit, il lit, il repart. Et c'est tout. Pardi. On ne me questionne pas, il ne se passe rien. Pourtant, je ne demande que cela, moi, qu'on m'interpelle, qu'on me dérange un tantinet. Même vous, qui êtes présent un jour sur deux, vous ne l'avez jamais fait. Pourquoi? Vous savez, dans mon métier, il n'y a rien de plus excitant et valorisant que de jauger le type de personne que vous avez en face de vous, de discerner son attente, de trouver parmi les rayonnages le bouquin répondant à sa demande et de les faire se rencontrer. Les deux ensemble, le livre et le lecteur, au bon moment dans la vie de chacun, cela peut produire des étincelles, un feu, un embrasement, ça peut changer une vie. Je vous jure."