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Ah le tennis....!
Non, je ne suis pas sportive (j'en vois certain(e)s qui me connaissent personnellement pouffer voire rire ouvertement en m'imaginant une raquette à la main... ;-)).
Mais le tennis, pour moi c'est un sacré souvenir. Plusieurs souvenirs même.
De matches accompagnant mes révisions du bac, ou de partiels à la fac... des matches vécus à Roland Garros même, aussi, plus tard... De finales vécues avec une ferveur que je n'ai pas dans les autres sports (et ne saurais l'expliquer, mais je vais chercher...).
De chouettes souvenirs, ancrés, presque pas patinés par les années.
(Bon, moi j'étais surtout orientée "Agassi", vous comprendrez aisément pourquoi, non? Si...).

Alors ce titre (à l'origine: Le fils de John Mc Enroe), je ne voulais pas passer à côté.

L'histoire >> Juin 1984, finale de Roland-Garros. Quand le petit Julien, devant le poste de télévision, affiche sa préférence pour Lendl, sa mère lui révèle qu’il est le fils de son adversaire, John McEnroe. Il a cinq ans et grandit dans l’ombre de cette paternité mythique, au rythme des victoires des héros du tennis qu’il rêve de supplanter un jour. Mais à l’évidence, il n’a pas hérité des gènes du champion, et s’enlise aux barbecues-parties du club de tennis de Besançon. 

Réélection de Mitterrand, chute des Ceausescu, premiers émois amoureux… les années 1980-1990 passent sur fond de Boys Boys Boys de Sabrina, et avec elles passent les rêves de l’enfance.


Oui, pour ancrer cette histoire dans le réel, le narrateur partage son fond sonore, sportif/tennistique, et "historique" (ça m'a un peu fait penser à Kéthévane Davrichewy et Les Séparées) qui nous plonge dans les années 80, et la nostalgie des souvenirs d'enfance/jeunesse (ok, pour peu que vous soyez de ma génération et celle d'Arnaud Friedmann, né un an avant moi).

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Le tennis tient donc une place importante dans le roman, comme un fil rouge que suivent les personnages (et une ville, que l'auteur connaît bien pour y avoir grandi).
Un John Mc Enroe fantasmé, idéalisé. 
Une mère, en pleine dépression/souffrance, qui fait comme elle peut.
Une mère périclitante, négligeante, mais pleine d'amour, qui rêve, fantasme, s'évade devant des matches de tennis, échappatoires à une vie "ratée", mains tendues vers un oubli qu'elle cherche à empoigner... 
Un fils en recherche d'image paternelle, en demande d'attention mais aussi un peu en fuite... grandissant avec un manque, accroché à quelques mots lancés par sa mère un jour de 1984... quelques mots qui pèseront sur ses épaules autant qu'ils le porteront, le conditionneront, l'empêcheront de perdre pied face aux questions, l'aideront à mettre un pied devant l'autre et se surpasser.

Alors, oui, l'amour d'une mère peut aussi, parfois, se transmettre par l'entretien d'un doute. Une mère qui, par sa vie en demie teinte, apprendra à son fils que la vie passe, vite, parfois dans la souffrance, les compromis, le secret mais aussi le renouveau...

Et le choix, alors, d'un fils devenu adulte de vivre, et de lever le voile, ou pas... 

Un livre à l'écriture intime, amère et douce, qui interpelle à plusieurs reprises notamment sur les liens mère/fils/père inconnu, sur les familles monoparentales, sur la dépression et les difficultés à effectuer même les choses les plus banales, l'humiliation, la différence, la recherche de re/pères (...)... que l'on repose avec un drôle de sentiment, une sorte de tristesse, mêlée à l'envie pressante d'appeler/d'aller voir ses propres parents (et de réécouter d'anciens titres de Patrick Bruel (oui, je l'ai fait...) (Sabrina? Ok, moins... :-))...)...

"Pourtant, il aimerait, avant qu'elle ne parte se recoucher, lui adresse un mot d'amour filial, oser le geste de se lever et de la prendre dans ses bras. Tant pis si elle est moins jolie que l'année dernière. Il n'a que dix ans et demi, ce serait compréhensible. Il lui demanderait pardon, lui ferait part de ses angoisses, de ses interrogations sur l'existence qui s'échappe de toutes parts et dont il ne maîtrise rien. Peut-être qu'elle trouverait les mots pour l'apaiser, et qu'alors ils formeraient une famille. Peut-petre que ça l'aiderait, elle aussi."

Lien vers le site de l'auteur: http://www.arnaud-friedmann.fr