faiza

Né à Nice de parents algériens, Mourad voudrait se forger un destin. Son pire cauchemar : devenir un vieux garçon obèse aux cheveux poivre et sel, nourri à base d'huile de friture par sa mère. Pour éviter d'en arriver là, il lui faudra se défaire d'un héritage familial pesant. Mais est-ce vraiment dans la rupture qu'on devient pleinement soi-même?

Quelle famille que cette famille Chennoun!
Faïza Guène se met dans la peau du fils de la famille, Mourad, mais elle parvient à accomplir un tour de force en rendant tous les personnages (
pourtant aux tempéraments parfois opposés) hyper attachants. 
Je pourrais vous dire que ce roman ferait une jolie petite comédie de cinéma, et ça en fera probablement une, mais ce n'est pas que cela, et perso je ne suis pas loin de vous dire que ce fut un coup de coeur ((long) aparté: entre nous, la couv et le titre m'avaient un peu freinée, mais la presse, le passage de Faïza Guène à la Grande Librairie et enfin la sélection de ce roman dans les livres du comité de lecture de ma médiathèque ont enfin eu raison de moi. Et tant mieux!).

Mourad, fils un peu "passif" mais très drôle, nous parle de la vie, du parcours, de sa famille algérienne, mais cela pourrait être une famille de toute autre origine, avec ses identiques soucis et excès.

J'ai beaucoup ri devant le personnage haut en couleur qu'est la mère, envahissante et excessive (ah la scène des multiples messages téléphoniques...); en lisant les premiers jours de Mourad en tant que prof de ZEP en région parisienne (et découvert la laxophobie, qui le pousse à vénérer l'Imodium... :-)); en découvrant un tableau cynique et hilarant de Nice et de ses habitant(e)s; en "rencontrant" une riche parisienne au prénom de Liliane (...), et une journaliste au doux nom... que vous découvrirez... 
 
Mais j'ai aussi été beaucoup touchée par le père, aimant mais taiseux fier et pudique, qui déclare qu'"un homme ça ne pleure pas" et vit mal le fait de se retrouver à l'hôpital, diminué.
Et les 3 enfants de la famille, si différents, et pourtant élevés par les mêmes parents. L'une suivant les traces familiales, l'autre faisant de grosses vagues, et enfin, Mourad, qui nous offre ses analyses désopilantes ou pleines d'une vérité sans concession (et porte un amour aux livres que ne m'a pas été étranger ;-))... 

Alors, oui, 
les clashs, les désaccords, les ruptures familiales, le choc des générations, le poids des traditions, l'intégration/l'adaptation à la société... tout cela est classique me direz-vous (et c'est une source probablement inépuisable!), et vous auriez raison, mais je vous répondrais que Faïza Guène a un sacré sens de l'observation, qu'elle est douée, que ce n'est jamais lourd, jamais moralisateur, que son écriture est tendre, pleine de fraîcheur, d'émotion et surtout d'esprit.
Voilà, Faïza Guène est ici au meilleur de sa plume, et j'ai été ravie de la retrouver ainsi.
(Un bien agréable moment de lecture qui me fait espérer pouvoir un jour retrouver Mourad et sa famille dans un autre opus...)


"J'avais téléphoné à la maison, l'air de rien, pour prendre des nouvelles.  "Mon coeur est fendu! Il est déchiré! Je te croyais mort! Je suis vraiment déçue. D'après toi je ne mérite même pas un coup de fil? Est ce que tu sais que je dors avec ta photo? Celle où tu portes ta chemise bleue et ton appareil dentaire... Je croyais que tu comprenais la valeur d'une mère...
Tu sais ce que c'est de porter un enfant dans son ventre? De le nourrir de son sein? De veiller quand il a de la fièvre? De s'inquiéter pour lui le soir et le matin? Je suis fâchée! Très fâchée!"

Huit jours sans téléphoner = fin du monde."


Un homme, ça ne pleure pas figurait dans la première sélection du grand prix RTL-Lire (... éliminé dans la sélection suivante...)

Livre lu dans le cadre du comité de lecture de la médiathèque de Saint Quentin en Yvelines