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Lorsque Madeleine apprend le suicide de son père, un suicide pourtant attendu et redouté, sa réaction n’est pas celle qu’elle avait consciencieusement préparée. Désarmée, elle décide de remettre à plus tard l’affrontement de son deuil en s’envolant pour le Cambodge. Là, entre paumés des cinq continents, expatriés tordus et coutumes locales étranges, une communauté improbable se rassemble, soudée à grand renfort de séduction, de rires mêlés d’anglais de série télé et surtout de mojitos. Un mensonge en entraînant un autre, comme s’il en fallait toujours plus pour brouiller ses repères, Madeleine se retrouve embarquée dans l’organisation d’un défilé de mode. Car Phnom Penh a aussi sa Fashion Week. Et si cette terre d’exil et ces drôles de compagnons d’infortune ne se révèlent ni salutaires ni réconfortants, ils deviennent les décors et les acteurs d’un théâtre incongru vibrant d’humanité, d’aventures improbables et d’amours incertaines. 

En voici une bien belle surprise que ce premier roman! (En même temps je ne suis jamais déçue par les éditions Intervalles :-)).

Une jeune femme bien de nos jours, avec ses qualités ses défauts, ses amis, son ex... Madeleine, donc, fuit sa vie et sa tristesse suite au suicide de son père, parce que c'est trop douloureux, qu'il lui faut s'offrir une parenthèse, ailleurs, loin, très loin. 

Elle atterri, presque par hasard, au Cambodge, à Phnom Penh...
S'ensuivent des aventures drôles et moins drôles, dans lesquelles on sent le vécu de l'auteure, qui a elle même séjourné quelques temps au Cambodge. Car, même si c'est bel et bien un roman, l'expérience d'expatriée dans un pays sous développé, au peuple encore traumatisé par un atroce passé, sonne bien réelle.

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Un pays fait de traditions, de souffrances, de pauvreté, de tourisme sexuel, de villes "en désordres" et de paysages fabuleux, un pays comme cet hôtel international, dégradé, négligé, mais toujours debout, et en pleine reconstruction, finalement un peu comme elle... Et comme les autres expatriés qu'elle côtoie, tous plus ou moins à la recherche d'eux-mêmes dans ce bruyant et vivant bazar qui leur offre des tas de facilités. 

Hôtel International est un roman à l'écriture fignolée, enlevée, moderne, fluide, qui nous embarque donc entre évasion, exotisme (et réalisme) et introspection.
Rachel Vanier
 parvient à y alterner avec brio les (nombreux) moments de rire franc (voire de douce moquerie qui "pique" un peu mais surtout pleine de tendresse), les moments de réflexion sociologiques/politiques qui font mouche, et ceux d'émotion, de fragilité, de peine et d'incompréhension de Madeleine par rapport à la dépression/au geste de son père, et l'immense sentiment d'abandon dans lequel elle se perd, se noie. 

Bref, pour moi, une vraie réussite que ce roman vraiment bien dosé et rythmé (dont le style m'a rappelé celui de Titiou Lecoq, que j'adore), aux personnages attachants (dans lesquels on se retrouve un peu, alternativement), qui aborde autant l'expatriation que le deuil, et la reconstruction, de manière originale, entre gravité et légèreté.

"La vraie vie ne tolère pas qu'on écarte d'un revers de la main les problèmes, les coups durs et les traumatismes. La vraie vie nous fout des crochets du gauche dans l'estomac, nous balance des uppercuts à nous enfoncer le menton dans le crâne, elle nous tape dessus, elle insiste sur nos blessures mal refermées, elle rouvre les cicatrices et enfonce malignement ses ongles dans nos plaies ouvertes, jusqu'à nous vaincre par K.O. On n'a pas droit au temps mort dans la vraie vie, il n'y a pas d'arbritre qui décide pour nous si on est autorisé à reprendre son souffle, à s'asperger d'eau fraîche ou à entendre les encouragements de son coach. C'est un match continuel et injuste, un remake de David contre Goliath avec une fin malheureuse {..} La vraie vie, c'est ce décalage aberrant entre le drame d'une situation et la banalité du quotidien qui continue son chemin, impassible, autour de nous. Le contrôleur contrôle, le mendiant mendie, le Parisien parisie. Alors qu'on souhaiterait flotter au-dessus du monde qui s'anime, et que la réalité nous ramène brutalement sur la terre ferme, l'atterrissage donne le vertige."

L'auteure >> Rachel Vanier est née à Budapest en 1988. Après avoir grandi à Lille, fait ses études à Paris, s’être échappée à Boston puis avoir crapahuté au Cambodge, elle vit désormais à Paris, tient un blog et travaille pour le monde non moins dépaysant de l’innovation et des startups. Hôtel International, sorti aux éditions Intervalles, est son premier roman.