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La soixantaine alerte, le verbe haut, le conseil toujours prompt, surtout quand il n’est pas sollicité, et la coiffure aussi raide que le genou, Edith McLoughlin frôle la caricature de la belle-mère de comédie. En fait sa tyrannie, légère et tissée de bonnes intentions, serait plutôt drôle si elle n’était à l’origine d’un drame épouvantable – la mort de son fils – qui pèsera évidemment à jamais sur la vie de Nancy, sa belle-fille.
Restée veuve, avec une petite Chloé de sept ans, Nancy – professeur d’astrophysique à Wellington, où, en New-Yorkaise bon teint, elle se sent toujours un peu en exil –, va devoir affronter une existence d’autant plus compliquée qu’Edith entend plus ou moins la régenter. Après l’échec d’une tentative de cohabitation, et le remariage de Nancy avec un opticien philosophe, Edith paraît s’effacer. Pour réapparaître...

Meilleur livre de 2013 pour le New Zeland Herald, Du soleil en boîte a trôné en tête des meilleures ventes en Nouvelle Zélande pendant plusieurs semaines.

Christine Leunens a passé 4 ans à travailler sur une thèse de doctorat dont le sujet était la relation belle-mère/belle-fille.
En a résulté l'idée de ce roman, triste et drôle à la fois.

Bon, je dois quand même dire en préambule que parfois, le manque de transitions et de repères dans le temps m'a destabilisée... l'enchaînement des évènements m'a semblé un peu embrouillé, et certains passages un peu trop en surface, mais beaucoup d'autres sont touchants, désabusés ou amusants, et dans une écriture qui rend ce mélange reste plaisant à lire.
Je n'ai donc pas été tentée de reposer ce livre, d'autant que Nancy et Edith (et Chloé) sont vraiment des femmes auxquelles on s'attache.

Une des questions centrales du roman est: que deviennent les rapports belle-fille/belle-mère quand le lien premier qui les unissait n'est plus là, et que, déjà avant, ça n'était pas la grande entente? Peuvent-ils perdurer?
Et comment vivre le deuil, accepter le renouveau malgré ses embûches, entre culpabilité et envie de vivre...?

Nancy, déracinée, perdue sans son mari, oscille entre effondrements, immense solitude, quelques joies et lassitudes.
Elle se retrouve confrontée à Edith, qui représente aussi un précieux soutien, mais reste une âme solitaire et possessive, qui déteste l'idée de vieillir. 
Malgré les tensions, elles se comprennent... elles affrontent cette même peine, ce découragement d'être au monde lorsque l'on vous a pris un mari/un fils, un monde qui leur apparaît encore plus sali par les conflits entre humains (guerre, tours jumelles NY...)...
Elles vont cheminer ensemble ou séparément, entourant Chloé au mieux, se sauvant l'une l'autre. 

Pour conclure, Du soleil en boîte (qui tire son titre d'une attendrissante anecdote) est un roman peut-être inégal mais vraiment étonnant/original, qui parle de la douleur d'un deuil soudain et injuste, de famille brisée/recomposée, de liens, et de reconstruction... offrant alors une jolie philosophie finale.


"Tout autour d'elle, l'odeur de l'herbe coupée l'encourageait à respirer à pleins poumons, comme pour engranger une grosse bouffée de vie, la première depuis longtemps."


L'auteur(e) >> Née aux États-Unis d'une mère italienne et d'un père belge, Christine Leunens, ancien mannequin, âgée d'une quarantaine d'années, a fait de brillantes études en France et en Amérique. Diplômée de Harvard en 2005 (summa cum laude avec une thèse sur Henry James), elle s'est vu accorder une bourse à la Victoria University de Wellington en Nouvelle Zélande. Mariée à un Français et mère de trois enfants, Christine Leunens est l'auteur de plusieurs scénarios (dont l'un a reçu le prix du CNC en 1996), de deux pièces de théâtre et d’un premier roman Primordial soup (1999), traduit en une dizaine de langues. Outre l’anglais, elle parle couramment le français, l’italien et l’allemand.
Son site >> http://www.christineleunens.com

Les éditions Philippe Rey: http://www.philippe-rey.fr/f/index.php