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Ce roman avec son petit ours malade et sa 4ème de couv' m'ont immédiatement donné envie de le lire. Vous trouvez ça bizarre? Non non... 
Parce que, entre nous, je crois que l'hypocondrie me guette (à chaque migraine, en fait... mais aussi, dès le moindre symptôme étrange sur mes enfants, car oui oui, je suis surtout "hypocondriaque" pour les autres...).

J'avais donc envie de lire un témoignage positif sur cette extrême anxiété, un récit présenté ainsi >> 
Un rhume ? C'est sûrement une pneumonie qui s'annonce. Un mal de tête ? Les prémices d'une méningite. Un trou de mémoire ? Un Alzheimer précoce... Et le narrateur enchaîne les visites chez les spécialistes, multiplie analyses et scanners. Le diagnostique est évident : Thomas est hypocondriaque. Mais combien de temps la femme de sa vie va-t-elle tenir le coup face à cet anxieux obsédé par sa santé ?
Dans un récit enlevé, ponctué de scènes où le rire côtoie l'émotion, l'auteur met le doigt sur un mal qui nous touche tous à divers degrés.
Un délicieux remède à l'hypocondrie ambiante.
Christophe Ruaults est journaliste et... hypocondriaque.

J'ai franchement ri. Mais sans me moquer, promis.
Car j'ai ri de moi même, aussi, parce qu'on se reconnaît souvent.
Et puis, ça m'a fait pensé à une personne avec laquelle j'ai travaillé, qui emmenait son désinfectant mains partout et le partageait avec tout le monde comme d'autres s'offrent des cigarettes, des bonbons, des chewing gums... On finissait tous la journée avec les mains totalement desséchées, et imprégnées de cette forte odeur alcoolisée (mais en relativement bonne santé...). 

Christophe Ruaults a ce recul sur lui-même qui rend la lecture de son livre réjouissante.
Il aborde de manière "légère" un sujet important, soulignant le mal être, la souffrance psychologique, l'angoisse du cancer, de la mort, la déchéance, la souffrance, y compris celle de ceux qui l'entourent.
Ce livre est plein d'anecdotes qui font sourire, d'autres passages qui touchent voire font se rendre compte de nos travers...
Tout cela en fait un ensemble équilibré qui interroge aussi sur ce qui encourage ce phénomène, l'accentue: l'encyclopédie médicale qui lui a été offerte enfant, mais plus sérieusement les médias, la télé, internet et ses sites spécialisés "pathogènes"... tout est là pour entretenir l'angoisse voire faire perdre la tête. 
Et ce témoignage-confession thérapeutique lucide est un bel appel au calme de cet homme qui dit que "l'on a du abattre plus d'arbres pour ses ordonnances que la tempête de 1999" :-).

Un livre auquel le film de Dany Boon, Supercondriaque (qui sort ce mercredi 26/02) fait écho, et démontre combien c'est un sujet réel, à la portée comique certaine, mais pas que, loin s'en faut...


"Je deviens fou, ressaisissez-moi. Un reste de lucidité me commande de dire la vérité avant que «l'autre» ne reprenne le dessus. A ce jour, je vais aussi bien qu'on peut aller lorsque ni l'âge ni la maladie ne sont encore venus commencer leur travail de sape, je dirais même que j'affiche une forme insolente mais vous n'imaginez pas comme cela me coûte de l'écrire. J'ai peur que cette déclaration faite au grand jour ne passe pour de l'orgueil auprès des forces mystérieuses qui régissent notre santé, qu'elle les irrite et attire sur moi leur courroux. Pourtant, je sens que je dois passer aux aveux, au moins une fois, quitte à me rétracter ensuite, car cela peut me sauver de moi-même. Après tous les examens que j'ai subis à ce jour, il en reste un que je suis le seul à pouvoir entreprendre : celui de ma conscience. Alors oui, d'après le dernier check-up en date - mon dernier check-up est toujours récent - je peux me flatter d'avoir des organes en parfait état, rutilants, aussi frais qu'une limande pêchée du jour."