condition pavillonnaire

La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L’insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires : l’adultère, l’humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. L’héroïne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary… Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble?

De Sophie Divry, j'étais restée sur l'excellent souvenir de la Cote 400, qui m'avait fait rire et sensibilisée à la vie (pas toujours facile) de bibliothécaire...
Avec La condition pavillonnaire, elle change de registre pour tout de même aborder encore une fois les états d'âme du quotidien...

Je ne vais pas vous le cacher, je suis passée de l'agacement à l'émotion tout au long de ma lecture.
Parlons de ce qui m'a agacée... les multiples détails/descriptions interminables d'objets, de pièces, de lieux (provoquant en moi l'envie - rare - de sauter des pages...). Et le style, si froid, malgré le "tu" employé, distant, lancinant, minimal, chirugical.
Effet recherché (et réussi) pour rendre cette autopsie d'une vie "ratée" encore plus poignante...

Car des passages poignants, il y en a, des qui prennent aux tripes, grattent fort là où ça fait mal, et à la brosse métallique...
Ce qui provoque un sentiment grandissant de malaise.
L'histoire d'une vie ratée, tout en ne l'étant finalement pas, une vie juste banale, faite de bons moments mais surtout de frustrations, une enfance normale, une vie menée dans le confort, un mariage, une maison/un crédit, de beaux enfants, un amant, une dépression, un psy, du yoga, etc... le déroulé d'une vie jusqu'à sa fin... classique. 
D'ailleurs, classique au point d'en rappeler un (classique...) de notre littérature: le personnage principal, une femme, n'est nommée que par ses initiales: M.A... qui, prononcées à voix haute donnent donc: Emma (Bovary).
Leurs points en commun deviennent rapidement flagrants, leur insatisfaction, le "piège" dans lequel elles se sentent prises (à l'image de ce poisson qui tourne en rond dans son bocal sur la couv), l'espoir d'une "révolution"... Sophie Divry fait d'ailleurs elle-même le lien avec Flaubert en le citant dans le roman: "Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement"... 

La condition pavillonnaire est un roman acide, qui décrit et analyse une époque, l'évolution de la société (des années 50 à nos jours) et la vie crue, le piège du quotidien, sa triste banalité, l'ennui qui gagne, les jours qui s'égrènent sans surprise/sans folie. Bien sûr il interroge sur le sens de la vie, de la surconsommation, mais sans offrir d'échappatoire.
En conclusion, un roman franchement pas réjouissant, qui aurait pu (dû) me donner une énorme claque mais j'ai été trop oppressée par le fatalisme dominant et le style trop neutre (et "presque" culpabilisant) pour me laisser emporter.
Bref, une expérience de lecture déroutante (où l'on sent l'influence d'Annie Ernaux dans l'aspect sociologique, et ces souvenirs quasi collectifs), à tenter tout de même (si vous avez le moral...)...

"La vie, ce n’est donc que cela, penses-tu en te réveillant, les déjeuners en famille sur la terrasse; ce jour où tu avais dévalé les montagnes russes au Luna Park; un bouquet de mariage; un bain de mer; mais déjà arrivaient en foule les visages de tes petits-enfants et cette profusion d’images noyait les souvenirs plus anciens dans une mer immense d’où n’affleurait plus rien de précis, sinon un effroyable sentiment de frustration."

L'auteur(e) > Née en 1979, Sophie Divry est journaliste à La Décroissance et vit à Lyon. Après "La Cote 400", traduit en cinq langues, et "Journal d'un recommencement", "La condition pavillonnaire" est son troisième roman.

La condition pavillonnaire est dans les sélection du prix Wepler-Fondation la Poste, et du prix Le Monde des Livres.

Les éditions Noir sur Blanc: http://www.leseditionsnoirsurblanc.fr
 

Par Ici le billet de Clara et les mots.

Livre lu dans le cadre du comité de lecture de la médiathèque de Saint Quentin en Yvelines.