liseur

Le Liseur porte un nom sujet à moqueries, travaille dans une usine de... (j'ai coupé :-)...) et lit à haute voix dans le RER...

Oui, c'est court comme pitch... et c'est donc volontaire de ma part.
Car j'aimerais que vous lisiez ce livre comme je l'ai lu c'est à dire en ne sachant presque rien de l'histoire, en vous laissant emporter et surprendre.
En rencontrant les personnages comme ils se rencontrent, en laissant le hasard prendre les rênes, et la curiosité les emporter...

Oui mais alors du coup il n'y aurait pas de chronique...

Ok alors je vais juste vous dire que ce roman est un livre plein de fraîcheur, de poésie, bourré d'humour et d'humain, aux personnages attachants, ayant des boulots singuliers et relativement "difficiles" à vivre, mais des personnages qui parviennent à trouver des trésors dans leur quotidien et leur entourage... 
Ce sont tous des âmes esseulées, derrière lesquelles se cache une douleur, une culpabilité, la solitude, MAIS qui déploient leurs propres méthodes de survie et font le choix de se tourner résolument vers le positif.

Et ça, que voulez-vous, ça fait du bien!
Oulala oui, ça fait du bien cet humour du quotidien, cette douceur-sans-naïveté et cette originalité dans la vie ordinaire.

Les attachées de presse et le Diable Vauvert étaient tellement enthousiastes au sujet de ce titre que j'étais hyper confiante en entamant la lecture de ce roman... et en fait... (qu'ils me pardonnent...) cette confiance était encore de deçà du plaisir que j'ai eu en lisant ce livre, qui rend un bien joli hommage aux "anonymes" et à l'importance des mots.

"En trente-six ans d'existence, il avait fini par apprendre à se faire oublier, à devenir invisible pour ne plus déclencher les rires et les railleries qui ne manquaient pas de fuser dès lors qu'on l'avait repéré. N'être ni beau, ni laid, ni gros, ni maigre. Juste une vague silhouette entraperçue en bordure du champ de vision. Se fondre dans le paysage jusqu'à se renier soi-même pour rester un ailleurs jamais visité. Pendant toutes ces années, Guylain Vignolles avait passé son temps à ne plus exister tout simplement, sauf ici, sur ce quai de gare sinistre qu'il foulait tous les matins de la semaine.
Tous les jours à la même heure, il y attendait son RER, les deux pieds posés sur la ligne blanche qui délimitait la zone à ne pas franchir au risque de tomber sur la voie. Cette ligne insignifiante tracée sur le béton possédait l'étrange faculté de l'apaiser. Ici, les odeurs de charnier qui flottaient perpétuellement dans sa tête s'évaporaient comme par magie. Et pendant les quelques minutes qui le séparaient de l'arrivée de la rame, il la piétinait comme pour se fondre en elle, bien conscient qu'il ne s'agissait là que d'un sursis illusoire, que le seul moyen de fuir la barbarie qui l'attendait là-bas, derrière l'horizon, aurait été de quitter cette ligne sur laquelle il se dandinait bêtement d'un pied sur l'autre et de rentrer chez lui. Oui, il aurait suffi de renoncer, tout simplement, de retrouver son lit et de se lover dans l'empreinte encore tiède que son corps avait laissé pendant la nuit. Dormir pour fuir. Mais au final, le jeune homme se résignait toujours à rester sur la ligne blanche, à écouter la petite foule des habitués s'agglutiner derrière lui tandis que les regards se déposaient sur sa nuque en une légère brûlure qui venait lui rappeler qu'il était encore vivant."



Jean-Paul Didierlaurent sera l'invité de La Grande Librairie ce jeudi 8 mai.

Quelques mots sur lui >> Jean-Paul Didierlaurent habite à La Bresse dans les Vosges. Nouvelliste, il a été deux fois lauréat du prix Hemingway, en  2010 pour son titre Brume, et en 2012 pour son titre Mosquito.
Le liseur du 6h27 est son premier roman. Il est déjà vendu dans 25 pays et paraîtra chez Folio en poche.

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