couleur de l'eau

Sous le charme, Dave, vigile dans un luxueux magasin londonien, laisse partir une jeune voleuse qu'il venait de surprendre. Sa journée terminée, il la découvre dehors, à l'attendre. C'est le début d'une relation complexe, entre deux êtres abîmés, chacun dissimulant un lourd passé. Comment Alena, venue avec tant de projets de sa Russie natale, se retrouve-t-elle à la rue et sans papiers? Pourquoi Dave vit-il comme en exil à quelques kilomètres de chez lui? Qu'ont-ils bien pu traverser l'un et l'autre pour être si tôt désabusés? 

Le premier roman de Kerry Hudson, Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, avait été un gros coup de coeur pour moi.
Pour l'anecdote, après avoir appris que Thirst (titre original de La couleur de l'eau) allait sortir en Angleterre, j'avais missionné ma fille pour qu'elle me l'achète durant un séjour linguistique là-bas. Mais il n'était pas encore sorti (... bon, on va dire que cela lui a permis de pratiquer l'anglais en situation inconfortable...). 
Vous l'aurez compris, j'avais donc très envie de retourner dans l'univers généreux de Kerry Hudson, dans sa manière si sincère et visuelle d'écrire la vie de gens "ordinaires", faite 
de misère, de galères, de survie, mais sans clichés, sans pathos, et toujours débordante d'énergie.

Et bien, Kerry Hudson confirme ici son talent, nous racontant une histoire d'amour sans mièvrerie, en l'ancrant dans un cadre loin d'être idyllique, passant de la Sibérie aux quartiers pauvres de Londres, entre immigration, vols, humiliations, petits boulots, prostitution, maladie, alcool... et cela sans que rien ne paraisse glauque, juste réel, touchant, parfois brutal et révoltant, mais toujours plein de tendresse et d'empathie.

David et Alena, les deux personnages principaux dont les points de vue alternent, vont donc se croiser par hasard et tenter de s'apprivoiser, malgré leurs douloureux passés/le désordre de leurs vies présentes qui les rendent méfiants, secrets, voire manipulateurs. 
Des personnages en marge qui se battent avec leurs propres armes contre leurs démons, leurs regrets, et vont apprendre l'un de l'autre en unissant maladroitement leurs solitudes.
 
La couleur de l'eau est de ces contes modernes qui célèbrent la vie ordinaire/quotidienne avec un admirable sens du détail, et posent de véritables questions sur l'immigration, les conditions de vie des classes pauvres, les relations interculturelles... tout cela sans jamais dramatiser mais en laissant, au contraire, une douce place à l'espoir.

"Alena se glissa dans sa vie. Pendant des semaines, il n'y crut pas. Au réveil, il restait les yeux clos pour conserver le sentiment de la savoir endormie dans la pièce voisine. Il attendait le moment où elle entrait dans le salon, les cheveux flamboyants en bataille, le visage enfantin comme si elle conservait ses rêves de nuit en elle. Elle venait s'asseoir sur ses jambes tendues, sa chemise de nuit remontait, elle lui demandait de quoi il avait rêvé et, un matin sur deux, s'il lui faisait confiance pour lui préparer une tasse de café.
Ce n'était cependant pas facile, il était sur le fil du rasoir, trop reconnaissant, trop prudent, mais même quand il avait une peur terrible d'être sur le point de démolir ce qui existait, quoi que ce fût, il ne pouvait pas s'empêcher de tendre la main vers elle, y compris les fois où il voyait qu'il lui fallait la tendre trop loin."

L'auteur(e) >> Kerry Hudson est née à Aberdeen. Avoir grandi dans une succession de quartiers HLM, bed & breakfast et parcs de caravanes lui a fourni la matière de son premier roman. Elle vit, travaille et écrit à Londres. Sélectionné pour de nombreux prix, Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman (éd. Philippe Rey, 2014) a été récompensé par le Scottish First Book Award et a enthousiasmé la presse anglo-saxonne.
Elle confirme son talent avec La couleur de l'eau qui a déjà enthousiasmé la presse outre-Manche. Elle a fondé le projet WoMentoring qui offre accompagnement et soutien à des auteures prometteuses.
Son site: 
http://kerryhudson.co.uk/