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Ce n'est pas seulement la maison de vacances appartenant à sa famille depuis plusieurs générations que Chance doit quitter, mais aussi tous les fantômes qui l'habitent, ceux de son imagination, ceux de son passé, ceux des histoires que lui racontait son père. Avec la perte de cette immense demeure, nichée dans un grand jardin séparé de la mer par un petit muret en pierre, lieu d'introspection privilégié de tous pour observer le bleu à l'infini, Chance perd également ses repères et se pose des questions quant à son identité. 
Est-elle vraiment, comme l'a toujours dit sa grand-mère, la réincarnation de son frère qu'elle n'a pas connu ? "Zou !", c'est le signal d'un nouveau départ, d'un renouveau qui s'impose comme une nécessité, un impératif de survie.
"Zou !", si simple à écrire, si court à prononcer et pourtant si difficile à accepter.

Vendre une maison familiale, qui nous a vu grandir, où l'on a passé ses vacances enfant, où l'on a vu les grands-parents/parents/frères et soeurs évoluer, puis, parfois, disparaître... Se séparer de ces lieux, perdre ces repères si chers et rassurants, c'est ce chamboulement que vit Chance, l'héroïne de ce roman. 
Vider la maison, lui dire au revoir, tout cela ne se passe pas sans que des souvenirs ne jaillissent en elle. Et ne donnent envie à cette jeune femme de 34 ans de les faire exister par écrit.

En plus de Chance, la page blanche de son ordinateur, sa maison familiale, son frère décédé prématurément (qu'elle n'a jamais connu mais qui a toujours jeté une ombre sur sa famille, sa vie, son quotidien), et le muret sur lequel elle s'asseyait enfant, parlent, donnent leur version, livrent leurs espoirs. Ce qui a apparemment déstabilisé certaines lectrices de ce premier roman, personnellement j'ai trouvé l'idée intéressante et plutôt bien "exploitée".

Dans une écriture fraîche et spontanée, et malgré quelques petites maladresses très vite oubliées, Anne-Véronique Herter donne la parole à une femme en laquelle on peut toutes/(tous) se reconnaitre, une femme destabilisée face aux adieux, au changement, à la page blanche et à elle-même, cherchant sa place sur la branche de son arbre généalogique.
Une femme animée par l'envie d'écrire pour se livrer et se délivrer, mais irritée et freinée par la crainte de ne pas y parvenir, ou de "mal" y parvenir... (comme dans son rôle de fille, de maman, de femme).
On partage alors avec Chance sa peur du vide, son désir de s'alléger du poids d'un passé hanté par des fantômes, de s'en défaire pour aller de l'avant, vers un inconnu un peu effrayant mais synonyme de renouveau.
Ce roman, à travers cette période charnière de bilan et de renoncement, nous parle surtout de réconciliation, d'amour et d'envol. Il se referme empli(e) d'un joli optimisme, alors: Zou !

"Ils emballent, rassemblent, trient, mais ne jettent rien. Chaque objet, même cassé, chaque lettre, chaque papier nous permet de garder un bout de notre passé, une preuve de son existence et de son importance dans nos vies."

L'auteur(e) >> Anne-Véronique Herter partage son temps entre sa famille, son travail et ses passions pour la Bretagne, la plongée et la littérature. Zou ! est son premier roman.

Les éditions Michalon: http://www.michalon.fr/

Et Ici le billet de Stephie, celui de Leiloona et encore par  celui de Noukette, entre autres!