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Comme écrit dans ma présentation, j'ai des (3) enfants...
Qui ne sont pas arrivés facilement (non, ça ce n'est pas dans ma présentation :-)).
Parvenir à la maternité a donc été pour moi une sorte de parcours de saut d'obstacles éprouvant.

Voilà pourquoi, entre autre, lorsque j'ai lu la 4ème de couv du roman de la douce Eloïse Lièvre, j'ai eu une immense envie de le lire (mais j'aurais aussi pu avoir très envie sans avoir connu ce parcours personnel).

Je me suis pas mal reconnue dans cette femme à qui tout avait souri jusque là... les études réussies, la rencontre avec l'homme, le job, l'appartement...

Et puis soudain, la "machine" qui "déraille", déçoit, plonge dans une traversée solitaire, l'incompréhension, l'obsession, les médecins psychologiquement pas toujours très doués ni très clairs (euphémisme)...
Les examens, l'impudeur dont il faut faire preuve à force de se mettre à nu autant physiquement qu'en détaillant son intimité de couple.
Et cette "honte" ressentie, le fait de se sentir attaquée dans ses tripes, trahie par soi même, ce sentiment de "mauvaise reproductrice"... même si cela ne se dit pas clairement, même si l'on ose pas trop en parler, à part à un psy, et encore.
Parce que ce n'est bien sûr pas une obligation, d'avoir des enfants, mais pour certaines, cela peut devenir un but, une envie irrépressible, viscérale, et cela n'a pas à être justifié, juste respecté...

A celles qui diraient que cela peut sembler extrême, Eloïse Lièvre répond très bien elle même: 
Mon texte décrit une expérience intime dont certaines personnes, ayant des conceptions très arrêtées de ce que doit éprouver aujourd'hui une femme, ne veulent pas entendre parler, ou du moins pas ainsi, étouffant une des façons de vivre ces événements. Cependant, ce vécu et ces sentiments existent. Ce sont eux que j'ai voulu simplement raconter. Il est possible qu'un jour je raconte l'autre façon, une des autres façons de vivre ces mêmes faits. Ce n'est pas incompatible. Les émotions sont des réalités mêlées. Tout n'est pas noir ou blanc. Le droit est une chose, l'intimité, le désir, ou son absence, plus compliqués. N'étant pas de nature militante, j'ai pourtant l'impression dans ma vie de tous les jours de défendre tous les droits des femmes. Je me sens donc féministe, à ma façon.

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Ce roman a réveillé des tas de choses en moi, ce sentiment d'échec "discutable" et variable d'une personne à une autre, voire d'un moment de sa propre vie à un autre.
Je me suis plusieurs fois dit que je l'offrirai à mes amies (voire à certains médecins) qui ne (me) comprenaient pas, et à celles qui ne comprennent que trop... à toutes celles confrontées un jour à des silences et/ou remarques mal placées, à celles qui connaissent ce désir cannibale, ces signes que l'on piste tous les 14 jours, les prénoms que l'on envisage quand même... et se confrontent au vide.

La narratrice se retrouve alors à vivre une introspection "forcée", parce que tout va bien physiquement (alors qu'on en était venue à souhaiter qu'un problème soit enfin débusqué, pour essayer de lui tordre médicalement le cou...) et que le blocage est peut-être-bien-psychologique... une introspection donc, qui la ramène à des souvenirs d'enfance/d'adolescence, des paroles ou instants marquants, des actes brûlants, tous enfouis sous le quotidien des années passées.

Un mélange parfaitement dosé entre humour (aaaah les forums internet...! Et aaaah, la grand mère :-)), vie de couple/envie des autres, prise de recul, animalité décalée, sérieux, et sensibilité.
Éloïse Lièvre vous prend aux tripes en vous entraînant sur ce chemin escarpé avec ses points d'interrogation et ses cailloux, et vous ébranle dans une fin ultra touchante, sincère, pudique (et, je dois avouer: la très belle "lettre"/confidence finale débordant d'amour m'a coulée-émue aux larmes...).

Un roman émouvant, parmi ceux que je voudrais vous faire découvrir
, et dont l'explication du titre (que je ne vous livrerai pas, vous pensez bien!) est une des plus jolies, des plus douces, que j'aie lues dernièrement...


"Mon mari caresse mes cheveux comme par négligence. Ma tête est contre sa poitrine, tout mon corps en fait peut tenir, recroquevillé sur lui-même, dans la courbe que fait le sien, en chien de fusil. C'est comme si c'était ma place et qu'il n'y en avait pas d'autre. Je ne comprends pas la façon dont il ne perd pas patience. La façon dont il garde confiance. La façon dont il garde tout à l'intérieur? Mais ce n'est pas possible. Pas quels pores, quelle faille si minuscule qu'elle en est invisible, alors que je me désagrège de toute part, fait-il s'échapper cela? 
À moins que sa rage et son impuissance, il ne les pulvérise à l'instant même où dans leurs neurones de naissance elle se forment en essaim de souffrance? Je voudrais prendre exemple. Être aussi impavide. Je suis plus insupportable que l'attente."


La biche ne se montre pas au chasseur a été sélectionné par l’Opération Manuscrits 2009 de la revue Technikart et faisait partie des 4 finalistes présentés au Salon du livre de Paris en mars 2009 (prix qui fut alors remporté par Carole Fives avec Quand nous serons heureux).