Aujourd'hui est un jour spécial pour moi... Ce titre, sa couv et son contenu collent parfaitement à cette date marquante, au bilan, à l'étourdissement, et la fierté du chemin parcouru, aussi, et malgré tout, qui l'accompagnent. (#40 ans...).

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De la maîtresse de maison à la question de l’avortement, des mauvais combats du féminisme à ses solutions sur la prostitution, du bonheur de la frivolité à la violence domestique, de la solidarité féminine à la question de l’argent, de l’amour courtois au déclin du mâle, Bénédicte Martin croque et diffracte la femme de 2014.

J'ai eu du mal à comprendre pourquoi cette couv avait été censurée (puis remise en ligne) par Apple, tellement je trouve cette photo belle et symbolique de cette dualité qui nous habite, cette féminité, ces rondeurs et cette combativité acérée ... 
Ok, cela a fait "du buzz" et a offert au livre une belle couverture médiatique, mais franchement, Bénédicte Martin aurait tout autant mérité que l'on parle de son livre seulement pour son contenu, qui est aussi fort et frappant que cette image. 

Car Bénédicte Martin n'y va pas par quatre chemins, et j'aime ça!

Ce recueil est un hommage à la femme "moderne", à la femme-héroïne du quotidien.
Un hommage agité, électrisé, qui déborde, lâche tout, sous diverses formes d'écriture,  selon, peut être, l'état d'esprit "du moment" de Bénédicte Martin.
Un hommage érudit à celles qui se sont battues pour défendre des droits (contraception, IVG, vote...), comme à celles qui combattent au quotidien pour "juste" manger, s'occuper des enfants, vivre au mieux des solitudes de mère célibataire, traverser leurs épreuves, s'accrocher, mais toujours, quand même, se laisser aller à des rêves de galanterie, de délicatesse et de romantisme... 

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Toutes les "contradictions" et les doutes des femmes se trouvent dans ces billets de douleurs, de couleurs, de choix, de valeurs, sur la condition/les difficultés à être et rester femme, mère, avoir un ventre, un corps, des enfants, des envies, des attentes, de pousser des cris de plaisir comme de rage. 

Dans une écriture engagée, crue, "griffante" mais aussi poétique et intime, Bénédicte Martin revendique nos libertés de choix, le droit d'utiliser nos propres armes, le droit à l'embrasement, à la frivolité, à l'envie d'être sexy, fragile et désirée, à l'érotisme/animalité (et sans aucune vulgarité)... mais également le droit à la colère, à la fierté, au respect, à l'humanité... et, le cas échéant, aux sanctions radicales. 

Je sais que quelques unes de mes amies/connaissances bondiraient à la lecture de certains passages.
Pas moi... J'ai lu ces mots comme des lettres, vitales, j'en ai partagé pas mal, d'autres m'ont poussée à réfléchir.
Bénédicte Martin n'est clairement pas une féministe style Femen, oulala non. Mais attention, elle respecte les féministes de la première heure (elle est une spécialiste de Colette) auxquelles on doit tant et la vigilance dont nous devons faire éternellement preuve... mais elle dénonce ce qu'elle voit comme de faux/mauvais combats actuels (ou mauvaises méthodes) et c'est son droit.
Certains de SES avis/messages, tranchants comme des lames, et, vous l'aurez compris, pas toujours "conventionnels", ont le mérite d'être sincèrement, fermement et clairement actés, culottés et argumentés (et j'ai aimé ça (bis)). 


"S'exploser au sol, les prunelles éclatées sur le bitume, mais se relever, un genou puis l'autre, ramasser ses jolis yeux, les remettre à leur place dans leurs orbites, se repeigner les cheveux à la diable avec les doigts, renfiler sa chaussure, repartir, repartir toujours, ne jamais rien laisser aux corbeaux." 


L'auteur(e) >> Née en 1978, Bénédicte Matin est l'auteur de Warm Up (Flammarion, 2003), Perspectives de paradis (Flammarion, 2006), La source des femmes avec Raidu Mihaileanu et Julian Torrès (Glénat, 2011) et Quelqu'un quelque part est foutu (Stéphane Million Editeur, 2012). Elle a collaboré à la revue Bordel, ainsi qu'à la revue 
Charles pour le numéro 1 (une revue politique lancée par Arnaud Viviant, où officie un gouvernement d'écrivains. Elle y tenait le rôle de ministre de la Condition féminine, aux côtés de Frédéric Beigbeder, François Bégaudeau, Flore Vasseur). En 2005-2006, à la télévision, elle anime quelques mois l'émission En attendant Minuit sur TPS Star, une émission ludique et informative sur l'actualité du sexe. Elle collabore ou a collaboré en tant que journaliste à Paris Match, L'Express Styles, L'Officiel de la mode et de la Couture et les Inrockuptibles.