la société

Un homme, appelons-le Off, tombe hors de sa vie, de son monde, de la société.
Il était scénariste, vivait avec sa femme et ses enfants jusqu’au jour où…
Et le voici recroquevillé dans les quelques mètres carrés de ce qui fut le garage à vélos de son immeuble, survivant de ses maigres droits d’auteur et cherchant désespérément à rompre son isolement.
Les relations qu’il tente de nouer, cocasses, tendres ou mélancoliques, ne font que creuser son sentiment d’absence à une collectivité qui s’affaire désormais sans lui.

Avoir été et parvenir à continuer d'être, malgré le rejet, la précarité, l'indifférence?
Malgré une douleur lancinante qui maintient à terre?
Off avait tout voire plus, Off était dans le haut du panier, et en quelques secondes, il a dégringolé les étages pour se retrouver à vivre dans le local à vélos de son immeuble, pièce spartiate (...) éclairée sporadiquement par la minuterie de l'immeuble, vivant au rythme des habitants...
Souvent toisé par celles et ceux qui, auparavant, lui lançaient d'aimables bonjours, il croise peu de personnes dotées de douceur et d'humanité, ronge sa peine et son immense souffrance en écrivant encore, et en cherchant à partager malgré tout... Souvent sans succès, car le drame personnel qu'il a vécu et qui l'a projeté à terre met mal à l'aise, rend silencieux. Et sa déliquescence dérange dans cette société où le respect dépend beaucoup beaucoup trop d'un
 statut social...
Et on s'attache à lui, on se projette...

Dan Franck (dont j'ai adoré La Séparation et Les enfants) interroge et balance sur le regard (souvent inhumain) des autres lorsque l'on tombe et atterrit, blessé, hors du monde... et fait bien entendre que ce regard-là nous pouvons tous, un jour, avoir à l'affronter, car finalement, qui est à l'abri des drames et de la chute..? Et oui, personne... 

La Société est un livre court, violent, intense, sur la détresse humaine et le peu de chose que nous sommes finalement. Un livre d'une infinie tristesse qui frappe vraiment fort, terrasse...
Franchement, il y en a peu des livres que j'ai reposés émue aux larmes et incapable d'aller vers une autre lecture pendant quelques jours (à vrai dire, il me poursuit encore). 

Alors je ne le conseillerais pas aux personnes fragiles ou en déprime saisonnière... Mais c'est un très beau roman, qui rappelle ces règles de base que l'on a tendance à oublier, alors que l'on ne devrait (évidemment) jamais: l'immense fragilité des choses et des êtres... 

"... après m'être épuisé en démarches inutiles, j'ai admis que les choses étaient ce qu'elles étaient: définitives. Quand j'ai cherché dans la médecine des moyens de surmonter l'épreuve. Quand je ne me levais plus. Quand je buvais. Fumais. Traquais les mots et les syllabes à enfoncer dans les parois de ma détresse afin de découvrir des points d'ancrage me permettant de survivre. Juste avant la dégringolade dans les étages."

L'auteur >> Dan Franck, romancier et scénariste, a publié une trentaine d’ouvrages, dont Les Calendes grecques (prix du premier roman, 1980), La Séparation (prix Renaudot, 1991), la série des aventures de Boro, reporter photographe (avec Jean Vautrin). On lui doit également la trilogie Les aventuriers de l’art moderne : Bohèmes, Libertad ! et Minuit.

Les éditions Grasset : http://grasset.fr