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Deux amoureux se perdent dans la jungle et rêvent de se marier au prochain village pygmée : Traîne-Savane raconte l’histoire (vraie) de ce mariage romanesque décidé sur un coup de tête, au bout d’une longue errance au cœur de la forêt congolaise. Cent cinquante ans plus tôt, le zélé missionnaire David Livingstone déambulait le long des fleuves d’Afrique centrale, à la recherche d’une terre promise, d’une autoroute du commerce ou de sources miraculeuses. Fantasque et têtu, rêveur et maladroit, l’explorateur menait vaillamment ses combats impossibles jusqu’à ce que Stanley le retrouve sur les berges du lac Tanganyika et lui lance son mythique : « Doctor Livingstone, I presume... ». 
En tressant ces deux parcours picaresques, Guillaume Jan relie le destin de ces Don Quichotte qui, chacun à leur manière, donnent leur cœur au continent noir. Curieusement, aucune biographie solide du Docteur Livingstone n’avait été jusqu’ici établie en langue française.

Très honnêtement, je ne ne connaissais quasiment rien de David Livingstone.
Vraiment juste quelques mini bases...
Et je ne suis pas spontanément orientée "romans historiques"... bah ça tombe bien, car ça n'en est pas vraiment un :-).
Traîne-Savane est en fait un livre alternant des moments de la vie de baroudeur de l'auteur avec le récit du destin de cet aventurier précaire/missionnaire "approximatif" qu'était Livingstone.
Et ce qui fait que l'on plonge direct c'est que ce n'est pas pompeux (tout en étant hyper documenté et vivant) tout est raconté dans un vocabulaire parfois parlé, proche, voyez un peu comme si un ami me disait "dis-donc je reviens d'Afrique, faut que je te raconte mon épopée... et tu te rends compte que des années avant, David Livingstone... imagine, le gars....".
Et là vous écoutez, enfin lisez, yeux ecarquillés, fasciné(e)...

Donc, dans les années 2010, Guillaume Jan, se "balade" (et fait un reportage) en Afrique, avec une biographie de David Livingstone dans son sac à dos, et un pagne en guise de couteau suisse (cf citation plus bas ;-))...
Depuis enfant, il ressent la même attirance, le même besoin d'aventure et le même amour pour l'Afrique  que l'aventurier, sans trop pouvoir l'expliquer.
Dans Le Baobab de Stanley, récit de voyage également (dont vous trouverez des images dans le blog de l'aventure ici: http://lebaobabdestanley.blogspot.fr), Guillaume Jan rencontrait la belle Belange.
Ici il revient quelques 3 années plus tard et l'embarque pour aller voir les Pygmées, dans une "excursion" a priori "facile" mais qui démarre mal, il a oublié sa carte, ils se perdent à plusieurs reprises et finissent avec un guide plus étudiant que pro de la savane... ils sont 
presque aussi peu préparés à cette aventure que Livingstone quelques 150 ans plus tôt... (ils sont en tongs, elle a un tout petit sac à main - car elle a appris à prendre rapidement l'essentiel sur elle...) mais rien ne les décourage... 
Ils vivent alors, tel le docteur/explorateur/évangéliste, ces mêmes instants de quasi points de non retour, de dépassement de soi, d'espoir et de grain de folie.

Cela donne un livre de voyage plein de moiteur, de richesses humaines, de chaleur, d'histoire et de lutte permanente.
Autant pour David Livingstone, que Guillaume Jan et Belange, ou pour les personnes qu'ils croisent, c'est un récit de survie mais aussi d'échanges réciproques, de vie.
C'est une déclaration d'amour à un continent, à un pays au destin incroyable, aux habitants portant des prénoms qui paraissent souvent invraisemblables mais sont pourtant "authentiques" comme le précise souvent Guillaume Jan.
Un pays plein de richesses mal réparties, un pays vivant, mais en plein chaos, où Guillaume Jan trouve des racines, auprès de ce peuple fort, philosophe et jamais résigné...
Et, évidemment, auprès d'une femme, aux pouvoirs de fée, qui écrit des romans au bic sur un cahier de brouillon.
Ils finiront par s'offrir un mariage pour le moins romanesque/original et parsemé d'embuches, comme l'est leur histoire, et comme l'est la totalité de ce récit rondement mené, avec intelligence, humour et une grande sensibilité.

"Le pagne, c'est le couteau suisse africain, il sert de drap ou d'oreiller, d'écharpe pour les soirées un peu fraîches, de vêtement léger mais digne quand on descend se laver à la rivière, de serviette, de paravent ou de marquise, de porte-bébé pour les mamans, de baluchon de fortune, de ceinture de sécurité dans les minibus qui n'en sont pas toujours pourvus ou encore à se protéger du soleil ou des accidents de moto si on l'enroule en turban; et si l'on noue une de ses extrémités, il fait porte-monnaie."  


L'auteur >> 
Guillaume Jan est né en 1973. Il a été palefrenier, barman, chercheur d’or, auto-stoppeur, libraire et grand reporter. Il vit aujourd’hui à Paris. Il a publié le récit d’un aventureux vagabondage sur le fleuve Congo (Le Baobab de Stanley, éditions François Bourin, 2009) et un roman de flâneries chaotiques à travers les Balkans (Le Cartographe, Intervalles, 2011).
 

Traîne-Savane figure parmi la sélection du Prix Nicolas Bouvier 2014 (décerné au meilleur livre de littérature voyageuse de l’année, qui sera remis durant le Festival Etonnants Voyageurs, à Saint-Malo, du 7 au 9 juin): http://www.etonnants-voyageurs.com/spip.php?article18071