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J'avoue que je n'avais pas très envie de lire ce roman, il ne figurait pas dans la liste de "livres à absolument lire là maintenant tout de suite rallongez moi mes journées siouplaît". 

La couv ne m'attirait pas le moins du monde.
Et le titre ne m'inspirait rien qui vaille (ça n'engage que moi, mais ça tombe bien, on est ici chez moi :-))


Pour la couv française, j'y vois maintenant une sorte de spirale rappellant la spirale familiale des protagonistes, donc ok...
Mais il y a peu de rapport avec les couvs anglo saxonnes, qui mettent bien en avant la Femme, et me semblent plus proche du contenu/message du livre.

honour-by-elif-shafak

Quant au titre, je préfère ô combien le titre original qui est "Honour".
"Y'a pas beaucoup de différence...!" me direz vous, "oui, mais...", vous répondrais-je.
Oui mais non, "Honour", voilà c'est ça, c'est bien ce qui ruissèle dans ce livre, c'est une histoire d'honneurS et de leurs conséquences, d'accord des crimes, mais pas que cela.... 


Alors, oui, je suis un peu agacée car j'ai failli passer à côté d'un livre magnifique à cause d'un simple titre, qui limite ce roman à si peu... 
(ET, je remercie ma médiathèque de m'avoir permis de le découvrir car je ne l'aurais du coup pas acheté - Et je l'achèterai quand il sortira en format Poche, car je le veux dans ma bibli, pour transmettre....).

Bien, donc... (Mini) coup de gueule terminé...

Honour (oui, je garde ce titre), c'est l'histoire d'une famille, sur 3 générations, et tant de choses dedans que je ne sais pas si je parviendrai à tout dire.

Honour

Commençons par l'histoire? >>
« Ma mère est morte deux fois. »
C'est par ces mots qu'Esma, jeune femme kurde, commence le récit de l'histoire de sa famille née sur les rives de l'Euphrate et émigrée à Londres en 1970.

L'histoire, d'abord, de sa grand-mère dans le village de Mala Çar Bayan, désespérée de ne mettre au monde que des filles, elle qui sait combien la vie ne les épargnera pas.
L'histoire de sa mère, Pembe la superstitieuse, et de sa tante, Jamila la guérisseuse, soeurs jumelles aux destins très différents.
L'histoire des hommes aussi, celle de son père, tour à tour aimant, violent, fuyant, et celle de ses frères, Yunus le rêveur, et Iskender. Iskender, l'enfant chéri de sa mère, la « prunelle de ses yeux », son sultan. Son meurtrier.

Enfin, l'histoire de ces immigrés qui ont choisi l'exil pour vivre de miracles et croire aux mirages, qui ont choisi la liberté et l'amour quand d'autres restent ancrés dans les traditions et portent au pinacle l'honneur d'une famille.

Honnêtement, il m'a semblé que ce roman aurait pu se passer d'une cinquantaine de pages.
J'ai eu peur à un moment que l'histoire ne se perde un peu, ne se dilue trop... 
Mais en fait ça passe, Elif Shafak maîtrise son histoire et tisse patiemment sa toile.

Tout se mêle avec habileté, et douceur.
Que ce soit l'honneur de la famille à préserver, le poids des traditions et leur impact..., l'éducation des enfants qui ne fait pas tout, qui n'empêche rien, pas même le pire des gestes de rejet, la tragédie, malgré l'amour dont aura été innondé Iskender.
Le destin de deux soeurs jumelles, éloignées, en distance et en mode de vie. L'une restée au pays, l'autre vivant l'immigration dans l'Angleterre des années 70/80 (ses squats, ses punks, sa musique rageuse), une société qui rejette sournoisement puis violemment les étrangers, et encourage le repli, la préservation de la communauté... 
L'histoire qui se répète de génération en génération...
La suprématie et la violence des hommes sur les femmes, la soumission, le droit à l'emportement/à l'amour tellement inégal...
Les destins injustement brisés. 

L'enfermement, la prison, la culpabilité, l'envie d'en mourir...
L'envie de vengeance, la haine qui ronge ronge...

Et cette fichue ironie du sort, dont je ne peux guère parler plus au risque de dévoiler........ ce dont je me suis doutée à partir d'un moment, dont je ne peux guère parler non plus (oh frustration)...

Tout est décrit par touches impressionnistes, subtiles.

Voilà, Honour, c'est un roman d'une densité incroyable qui me laisse admirative, et laisse des traces.
Honour, c'est pour moi essentiellement une déclaration d'amour poignant, d'une femme aux femmes/d'une fille à sa mère, à l'honneur bafoué.

Bravo au prix Relay de l'avoir sélectionné.
Bravo au Women's Prize d'en avoir fait autant dans sa pré liste...
Et je m'interroge sur le fait qu'il n'ait pas été sélectionné pour le prix ELLE 2013.... (???)....

"Quand on sait que vous avez un coeur de verre, on vous le brise"...