jouet mécanique

Un été torride dans le Cap Corse. Anna, adolescente maussade et rebelle, s'ennuie ferme dans le hameau en ruine où elle passe ses vacances en compagnie de ses parents. Un quotidien trop banal, ponctué de repas, de bains de soleil et d'allers-retours entre cette bâtisse nichée dans les collines et la plage en contrebas. Toute à ses rêves d'idéaux, de rock'n'roll et d'ailleurs, Anna voit d'un oeil noir l'arrivée d'Hélène, sa soeur ainée qu'elle n'apprécie guère, et du bébé de celle-ci. Tourmentée par la solitude et l'hostilité d'Acquargento, ce lieu sauvage, la jeune fille commence à nourrir des soupçons quant au comportement de sa soeur envers le bébé. Imagination délirante d'une ado sensible ou drame morbide qui va mal se terminer?

Marie Neuser (rencontrée à St Maur en poche le week end dernier) ne cesse de me surprendre: elle avait écrit Je tue les enfants français dans les jardins, qui m'avait marquée/destabilisée/interpelée sur la condition de prof chahuté(e)...
Je viens donc de terminer Un petit jouet mécanique et ai commencé son troisième Prendre Lily. Je ne sais pas quand je pourrai vous parler de ce dernier mais les premières pages confirment que cette auteur(e) a un sacré style, affûté, bien dosé entre violence, réflexion et psychologie. 

Avec Un petit jouet mécanique, Anna, adulte, revient dans une maison en Corse, et sur un été passé dans celle-ci lorsqu'elle avait 16 ans. Elle était alors une adolescente faite d'attente, entre enfant et bout de femme, en plein éveil sentimental et rejet de ses parents, bref, aussi impatiente que submergée d'ennui.
Il faut dire qu'à 16 ans il y a plus enthousiasmant que des vacances dans un village isolé, loin de la plage, avec une soeur de 14 ans son aînée (Hélène, 
arrivée comme un cheveu sur la soupe accompagnée de sa petite fille) qui lui vole l'attention de ses parents.
Alors, est-ce la jalousie qui la laisse penser que sa soeur veut du mal à son propre bébé?
Ou bien est-ce qu'Hélène agit sciemment pour se sentir toute puissante face à la vulnérabilité de la petite Léa?

Un petit jouet mécanique nous entraîne dans la langueur Corse en plein été, avec sa chaleur écrasante, dans la solitude de cette maison de campagne angoissante où tout stagne/où la claustration étouffe, et où les doutes/la menace/la culpabilité planent sournoisement.
Marie Neuser sait planter le décor, poser ses personnages, et créer une atmosphère étouffante (à laquelle on adhère ou pas...).
Elle provoque, interroge, en allant à l'encontre de schémas familiaux/maternels idéalisés, et cela donne un huis clos parfois un peu lent, envoûtant, dur, féroce, mais dans lequel subsiste le fil ténu d'une résilience. 

"En regardant Léa, vous revenez à vous-même. Vous retrouvez les gestes et les fragilités. Vous songez qu'il vous a fallu une sacrée chance pour survivre. Sentez une drôle de gratitude envers vos parents, d'avoir su vous protéger et vous faire pousser saine et sauve. En concluez même que finalement, la cause du miracle de la perpétuation de l'espèce humaine, c'est peut-être l'amour maternel. On a fait en sorte de vous éviter de mourir. C'est donc cela le rôle des mères, empêcher de mourir. Tout ça, nos drames imaginaires et nos villes et nos pensées emmêlées comme des fils de cerfs-volants, c'est parce qu'on nous a empêché de mourir."

L'auteur(e) >> Jeune professeur d'italien à Marseille, Marie Neuser publiait, avec Un petit jouet mécanique, son second roman, après le très remarqué Je tue les enfants français dans les jardins (L'écailler, septembre 2011, puis Pocket).
Prendre Lily, son troisième roman, vient de sortir aux édition du Fleuve Noir.

Et par ici, si ça vous dit, mon billet sur son précédent roman, Je tue les enfants français dans les jardins.