ric rac

S'appeler Jeanyf et courir.
Courir après ses quatorze ans.
Courir après son avenir.
Courir après le fantôme d'Yvette, sa mère.
Courir après Pierryf, son père, un doux dingue qui ne se remet pas de la mort de sa femme.
Courir après les tisanes de Jackyf, son oncle herboriste et rebouteux.
Courir après les visions de Soubirou, son cousin illuminé.
Courir après les nouveaux voisins du gîte rural sadomaso.
Cours, Jeanyf!
Cours!

Jean-Yves, pardon Jeanyf, rêve de devenir footballeur professionnel, il quitte son centre de formation pour aller passer l'été avec son père à La Sourle, petit village tellement perdu qu'à la fin de la seconde guerre mondiale, ses habitants ont mis plusieurs jours à en être informés... 
Il y rencontre de nouveaux voisins (très) particuliers, vit de perturbants premiers émois,
supporte une famille/un père assez instables, philosophe avec Cantona, et se pose beaucoup de questions (d'où les "yf"/if??).
Jeanyf est un petit gars ultra attachant, aux rêves menacés, à la famille "désordonnée", frappé par le deuil et le manque. 
Un petit gars qui tatônne, hésite à grandir... et court, pour 
tenter d'aller de l'avant, se défouler, semer les soucis, dompter les souvenirs...

Y'a pas à dire, à chaque titre je suis sous le charme de l'univers d'Arnaud Le Guilcher, sa plume, son style minimaliste et bougrement scénaristique (à la Chuck Palahniuk).
Dans Ric-Rac il dessine un très beau tableau d'un été d'adolescence (à cet âge charnière où l'on n'est plus enfant, mais pas encore adulte), bourré d'humour, de tendresse, et livre un roman fantasque aux répliques qui fusent à chaque page dans des scènes hyper visuelles/décalées et franchement hilarantes.
Un roman (à la Tarantino, aussi) totalement 
barré au rythme effréné et qui ne se lâche pas, donc, mais pas que... 
Car derrière le comique de certaines situations, se trouve un propos d'une grande finesse, intelligent et sensible, sur le chamboulement de l'adolescence, sur les hommes, leurs peines, leurs feintes, les dérives, le vide/la douleur de l'absence et l'amour filial/maternel... et nos façons de nous débattre/surnager au coeur de ce marasme, avec pudeur, et l'humour comme dernier bastion.

Bref, un véritable feu d'artifice de rires francs et d'émotions; un jardin plein d'herbes folles et de fleurs dans lequel je vous conseille ôôôôô combien d'aller joyeusement vous rouler!!

(ps: et ce bandeau (signé Charline Collette): un poème...)

"Molotov à côté de ma famille, c'est un petit barman de station balnéaire."

L'auteur >> Arnaud Le Guilcher, 40 ans, a publié trois romans chez Stéphane Million éditeur, aujourd'hui disponibles chez Pocket: En moins bien, Pas mieux et Pile entre deux. Il a également participé à la (mythique) revue Bordel. Il travaille dans la musique au sein du label Barclay.

Les éditions Robert Laffont : http://www.laffont.fr/site/page_accueil_site_editions_robert_laffont_&1.html

Mon billet sur son précédent roman, Pile entre deux: http://blablablamia.canalblog.com/archives/2013/05/01/27057331.html